mardi 7 février 2017

Remake / Remodel N°31



« Sur l'écran noir, légèrement décalés vers la gauche, deux cercles concentriques gris ; à droite, une volute de fumée. Lentement les ronds basculent : ce sont la coiffe et le bord du chapeau plat de Lester Young. Juché sur un tabouret, la tête légèrement penchée, il émerge de l'ombre soufflant dans un saxophone ténor bizarrement incliné. Pres, perdu dans sa musique, rêve à un monde inaccessible fait d'ineffable douceur » Alain Tercinet (1996)

« Les gestes de Lester, ses déplacements, accusent une nonchalance absolument naturelle et tout contribue, dans cette courte bande, à renforcer l'impression de décontraction parfaite du musicien, à exprimer l'ambition de Lester d'être “une sirène jouant dans le brouillard ” comme il se plaît lui même à le dire. Tout : jusqu'aux volutes de fumée s'élevant dans un air immobile, jusqu'aux jeux d'éclairage, qui marient l'ombre ou la pénombre à une lumière diffuse. » Lucien Malson (1952)

« Les plans extraordinaires, ces plans sur lesquels des musiciens font (pas toujours très bien) semblant d'improviser une musique qui a été préenregistrée pour plus de sûreté, ces instantanés situés hors du temps donnent des jams l'image la plus irréaliste et la plus juste à la fois. Celle d'une exubérance hiératique se réclamant d'une sérénité tendue à l'extrême. Celle d'une passion détachée de tout qui n'est revenue de rien. Et l'on y voit, aussi, un Lester Willis Young monstrueusement présent à force d'être ailleurs » Alain Gerber (2000)



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mardi 31 janvier 2017

Psychogeographie indoor (73)



« L’essentiel c’est une mauvaise santé, aussi bien morale que physique, une paresse traversée de sursauts et de remords... En effet, lorsqu’on se trouve enfoncé jusqu’à un certain degré dans une incapacité qui permet tout juste de survivre, on a tôt fait de traverser la zone des sentiments que l’on continue parfois à utiliser pour faire plaisir à son entourage. Il ne reste de vrai pour-soi qu’une solitude expiatoire, et (si l’on veut bien éliminer les dernières formules de mélancolie) bientôt pleine d’un charme étrangement harmonieux et peut-être très cruel. » (André Dhôtel, La littérature et le hasard)

1.

29 septembre 2016.- Indian summer, néanmoins le soleil, trop bas, n'éclaire pas mon petit intérieur (26°C). J'entame Aux Couleurs de Rome de Valery Larbaud. Ce massif moyennement replet a tout pour me plaire ; Rome me plaît assez, quant à Larbaud… Par ailleurs, j'entame un autre massif bien plus conséquent : le Zibaldone de Léopardi, plus de 3000 pages qui je l'espère n'auront rien de vraiment étouffe-chrétien. Le début est déjà très bien : «  En littérature, on passe du néant à la médiocrité, puis de la médiocrité au vrai, et de là au raffinement… »

30 septembre 2016.- Belle journée puis quelques nuages tardifs et inquiétants (25°C). Vertèbres cervicales, hanches, genoux et chevilles, mes jointures sont en berne. Pour le reste, tout va bien de travers, ou presque. Trois pages zibaldonesques du primesautier Léopardi  : La laideur doit ; comme le reste, avoir sa place quelque part. Un texte italien de Valery Larbaud où il est question des floralies, d'une Flora – sage, belle et retenue – et du Toscan cette langue qui ne se parle pas, mais qui se pleure.

1 octobre 2016.- Averses glutineuses (18°C). Aux Couleurs de Rome est un spicilège larbaudien en diable. On y tourne délicatement autour des petites filles quand on y tourne pas spirituellement autour des nonnettes. Les paysages de Ligurie sont célébrés à leur juste hauteur. Plus loin et plus bas on se perd un peu dans les Pouilles tout en attendant un autorail qui semble ne jamais vouloir venir. Loin de l'Italie, dans cette France centrale qui est aussi celle de Larbaud on est émue par les abeilles :  « Ce sentiment d'une secrète solidarité entre les abeilles et les hommes est sans doute ce qui a inspiré aux Anciens l'idée de leur origine mythique : Est illis quaedam cum genere humano societas. Chez nous, et sans doute aussi en Berry et peut-être en Auvergne, ce sentiment s'exprime surtout par la coutume qui veut que, lorsque le chef de la famille meurt, on place sur chaque ruche un petit drapeau fait d'un bâtonnet et d'un bout de crêpe, et qu'on l'y laisse un an et un jour. On dit que si on oubliait ou négligeait cette pratique, les abeilles s'en iraient. Et c'est ainsi que dans celles de nos pensées qui se rapportent à nos parents défunts, ou à notre propre fin, apparaissent quelquefois, aux confins des deux mondes, des petits fanions noirs flottant sur une rangée de ruches. »

2 octobre 2016.- Temps maussade (18°C). Dans Aux Couleurs de Rome Larbaud fait un curieux éloge d'Henry Bataille. Il voit le dramaturge chanci et plus vieillot qu'une armoire auvergnate, mais il voit aussi le poète conséquent celui qui pourrait avoir quelques teintes communes avec le merveilleux J.M Levet, il a bien raison de voir tout ça :

La dame veuve, l'enfant poitrinaire et le poète anglais
Chaque année se rencontrent sur la terrasse de l'hôtel.
Ils se balancent dans leurs fauteuils paillassons, et leurs plaids
Foncés - Tous les jours ils font le tour habituel
Sur le chemin du Belvedère à l'église protestante.
Ils marchent dans la lumière pâle des ombrelles…
Terrasses terrasses d'où l'on a la vue cicatrisante
La vue, coin d'infini sur n'importe où, où se balance
L'éternel géranium rose sur fond bleu…
Ils sont venus voir, -tout est là. Alors s’ils sont heureux.

4 octobre 2016.- Frimas matinaux, soleil bas et vague douceur par la suite (6°C→ 18°C). Je supporterais mes contemporains lorsqu'ils ne m'ennuieront plus, lorsqu'ils étonneront à nouveau. En attendant, je suis loin du compte et ma morosité ne fait qu'enfler, enfler jusqu'à en exploser ?
Trois pages de Léopardi pour qui tout écrivain doit imiter les Anciens. Ce n'est pas faux les Anciens sont souvent étonnant et – malgré les apparences et le verni du temps – ne sont jamais vraiment ennuyeux.
Rien (ou presque) : N'ayant pas les capacités pour, je renonce d'ores et déjà à la postérité.

6 octobre 2016.- Frimas en amorce (2°C→ 15°C). L'ouragan nous guette, il est déjà en Amérique, en Caroline du Nord que l'on évacue. En attendant, je picore telle une poule étêtée dans les Cahiers de Cioran. La phrase qui suit aura fait ma journée :  « L'enthousiasme étant un état morbide, quoi d'étonnant si on le trouve à l'origine des grands malheurs publics ou privés ? »

7 octobre 2016.- Labeur. Soleil gâché (15°C). Étant d'une humeur un peu fluctuante j'hésite grandement à célébrer la « journée mondiale du sourire ». Quoi qu'il en soit, cela ne m'empêche pas d'être avec Valery Larbaud.



2.

8 octobre 2016.- Temps maussade, automnal pour tout dire (15°C). Poli comme je suis j'ai tenu la porte de la Brasserie Georges (69002 Lyon) pour que Pierre Tchernia puisse y entrer avec toute la majesté requise. Il m'avait remercié avec un petit sourire… il est mort aujourd’hui, je l'aimais beaucoup.
J’entame l’Homme Inquiet d'Henning Mankell. C'est le dernier volume consacré aux enquêtes de Kurt Wallander. Vague déprime, petit ton tristounet. Wallander achète un maison isolée et un chien indréssable. Il perd aussi un peu la tête, oublie aussi son revolver en route, c'est un problème. Sa fille lui offre un petit fils et un gendre. Le père du gendre disparaît inopportunément. Il est question de sous-marins et de guerre froide, j'en suis là.
Par ailleurs, ce matin fini la petite affaire de l'ami Larbaud. Je ne devais pas être en condition optimale, car je m'y suis un peu ennuyé, or je ne m'ennuie jamais chez Larbaud. Certainement l’automne et cette lumière grise dans mes rideaux.

9 octobre 2016.- Ciel bleu blanc, fraîcheur (13°C). Narcolepsie sur canapé, beaucoup de mal à vouloir émerger, je suis légumineux. L'homme inquiet est, lui aussi, plus légumineux qu'autre chose, on s'y ennuie un peu tout en restant attaché au personnage de Wallander. Finalement, c'est plus un livre sur sa vieillesse et son « devenir barbon » qu'autre chose.

10 octobre 2016.- Ciel globalement nuageux (11°C). Malade. L'avantage de la maladie c'est qu'elle permet la lecture bien plus que la non-maladie (je parle évidemment de maladie non immédiatement létale). Ainsi aujourd’hui j'ai raisonnablement avancé dans l’Homme Inquiet de Mankell. Baltique sous-marin et guerre froide. Une fille oubliée aveugle sans bras et sans vraie colonne vertébrale, mais blonde, nous sommes en Scandinavie. Du sursignifiant autour de la vieillesse en marche, de gros sabots suédois (des Crocs?) parfois…

11 octobre 2016.- Still sick. Nothing else.

13 octobre 2016.- Quasi déluge (10°C). Fatigue, trop de labeur, rien lu. Dylan Nobel de littérature, comme si cela était possible

15 octobre 2016.- Quasi beau temps (20°C). Travaillé nuitamment. Dormi pas plus de deux courtes heures. À mon réveil un mal de dos si escagassant qu'il me fait craindre une lombalgie aiguë assez peu passagère. Néanmoins, continué la lecture de l’Homme inquiet de Mankell. La mélancolie y est très languissante et Wallander n'en finit plus de finir. Il retourne en Lettonie, à Riga, où l'on enterre Baiba son « âme sœur » oubliée. La ville a bien changé (cf Les chiens de Riga), elle semble presque riche, la séquence est émouvante : il y a des larmes et de la vodka, de l'irrémédiable un peu partout…

16 octobre 2016.- Ciel globalement nuageux (17°C) Cervicalgie et lombalgie couple improbable, couple incommodant… Curieuse journée, étrange halo narcoleptique, certainement les effets mélangés du tramadol et du paracétamol, autre couple improbable (je me demande si tous ces couples improbables ne mériteraient pas une « manif pour tous »). Lu plus de cent pages d'Henning Mankell tout en piquant du nez toutes les trois lignes, quatre heures de lecture pointilliste et ce simple constat : entre mollesse diabétique et espionnage vaporeux on s’ennui beaucoup dans ce dernier Wallander.

17 octobre 2016.- Pluie légère (18°C). Mankell, un chapitre -> Joubert, trois pensées -> Nothing else : « Hérodote coule sans bruit.»

18 octobre 2016.- Beau temps (18°C). Le 9 décembre 1963, Cioran relit quelques poèmes d'Emily Dickinson. Il est ému jusqu'aux larmes. Il faut dire que tout ce qui émane d'elle a la propriété de le bouleverser. Le 10 décembre, de son lit, il voit passer un grand oiseau noir. Le 11 décembre il fait un rêve étonnant : Jacqueline Kennedy lui donne un coup de fil puis il se promène avec elle dans le bois de Sénart. Le même 11 décembre on retrouve trois squelettes dans la région de Lascaux, l'un d'eux a le crâne fracassé… (Cioran, Cahiers)
En dehors de Cioran cette – longue – pensée de Joubert qui tournicote autour des Anciens et qui me semble très bien  :« Platon, Xénophon et les autres écrivains de l’école de Socrate, ont les évolutions du vol des oiseaux ; ils font de longs circuits ; ils embrassent beaucoup d’espace ; ils tournent longtemps autour du point où ils veulent se poser, et qu’ils ont toujours en perspective ; puis enfin ils s’y abattent. En imaginant le sillage que trace en l’air le vol de ces oiseaux, qui s’amusent à monter et à descendre, à planer et à tournoyer, on aurait une idée de ce que j’ai nommé les évolutions de leur esprit et de leur style. Ce sont eux qui bâtissent des labyrinthes, mais des labyrinthes en l’air. Au lieu de mots figurés ou colorés, ils choisissent des paroles simples et communes, parce que l’idée qu’ils les emploient à tracer, est elle-même une grande et longue figure.»

20 octobre 2016.- Ciel bleu pâle, fraîcheur (14°C). Un poème d'Yves Bonnefoy. Rouvert l’Histoire de la littérature française de Kleber Haedens, suis tombé sur ces quelques lignes consacrées au vicomte de Chateaubriand ; rien de décevant, que du bonheur : « Lorsque Chateaubriand renonce à inventer, car il n'a pas d'imagination, lorsqu'il abandonne le genre sentimental où il ne réussit point, lorsqu'il substitue au plaisir de faire des phrases, celui d'être spontané et sincère, il devient un redoutable enchanteur. Son style prend du nerf, de la liberté, de la vie. On découvre, alors, un esprit gai pénétrant et moqueur. Des personnages pittoresques parcourent la lande bretonne, des écrivains sont ressuscités en quatre mots, et, complices d'un voyageur qui se réjouit du luxe des transatlantiques et de l'abolition des distances… Les Mémoires d'outre-tombe et l'Itinéraire de Paris à Jérusalem ont gardé la jeunesse des chefs-d’œuvre. Le mot n'y écrase pas les sentiments ou l'idée et la rencontre heureuse des longues et brèves, l'agencement mélodieux des consonnes et voyelles ne s'y désignent plus comme la seule fin de l'art… »

21 octobre 2016.- Pluie gâchée, crachin (14°C). Encore un chapitre du dernier Wallander (je sais tout cela est très languissant).
On me dit le plus grand bien de Marc Bernard et de sa littérature prolétarienne. Demain j’entamerai son Vacances et je pourrais me faire une petite idée par moi même. Un bref survol scrutateur ne me laisse présager que du bon : « Si mon élan pour les vacances est tel, c’est que j’ai mal débuté dans la vie; quand j’étais enfant, les miennes furent tristes, sans mer, ni montagne, avec les seules vallées des rues, les prairies des places, les rivières des ruisseaux, les tunnels des couloirs, des passages. Pour voyager, je transformais une chaise en diligence. Il est vrai que j’ai connu de bien beaux pays ainsi. Et il est vrai aussi que j’ai été tôt, dégoûté de la richesse quand j’ai vu un de mes petits voisins, nourri de gâteaux et de bonbons, pleurer constamment. »
Dernières acquisitions : Deszo Kosztolanyi - Alouette, Claudio Magris - Loin d'où, Alain Jaubert - La moustache d'Adolf Hitler et autres essais, Stefan Zweig - Grandes biographies…




3.


22 octobre 2016.- Beau temps, fraîcheur (11°C). L'automne et ses premiers frimas ont beau avancer cela ne m’empêche pas de constater que Marc Bernard était de la trempe des vrais, et bons, écrivains. Dans Vacances, il raconte quelques épisodes de sa jeunesse avec une appétence un peu maladive qui pourrait rappeler Raymond Guérin. On passe du fin fond d'une pâtisserie, où apprenti il se gave de gâteaux à en vomir, à Lyon cette ville sinistre avec ses façades noirâtres et ses femmes faciles qui vomissent de longs flots de liquides violets. On se retrouve ensuite coincé en Silésie pendant deux longues années, c'est le « service » avec sa cohorte de troufions pas embarrassé par la morale. Des bals qui finissent mal, des bagarres qui virent à l'homicide et à la table d'autopsie. Reste une fille au corps de jeune adolescent, de l'amour, un peu…

23 octobre 2016.- Nuages (16°C). De « grands blonds teutoniques » courent dans la France à pas de géants. Les villes et villages tombent comme des pommes. Voilà le temps du rutabaga et de la méditation. C'est la « drôle de guerre » de Marc Bernard.

24 octobre 2016.- Nuages, tiédeur incongrue (23°C) Dans Une Jeunnesse viennoise je crois me souvenir que le père Schnitzler regarde son jeune « lui-même » avec un détachement dandy assez éloigné de l'aplomb scrutateur du vieil écrivain remémorant. Voilà un livre que je devrais relire. En attendant, je perds mon temps dans un travail qui s'il me nourrit au propre ne le fait jamais au figuré. C'est un problème, car mon temps est précieux et compté.


25 octobre 2016.- Humidité, très grande humidité ! (16°C) Labeur décérébrant et cervicalgie escagassante, rien pour moi. Ces mots de Gregor Von Rezzori auront néanmoins fait ma journée : « Notre enfance s’est écoulée parmi des hommes socialement dérangés de leur position originelle, dans une époque historiquement dérangée, et elle a été remplie de désordres de toutes sortes ; et le désordre conduit à la souffrance, et la souffrance à la plainte muette là fleurit la poésie.»

27 octobre 2016.- Soleil voilé (14°C) « Il est impossible d’ouvrir la bouche sans provoquer les plus incurables confusions… Tout ce que l’on exprime est indécent. Le simple fait d’exprimer quelque chose est indécent. » (Hugo von Hofmannsthal, L’Homme difficile).
Nothing else…

28 octobre 2016.- Beau temps (ou presque) (15°C). Étant plus las que là ma petite entreprise diaristique périclite. Est-ce un problème ?
Lu un chapitre de Marc Bernard, une histoire de yachting sur la Côte d'Azur, de l'ennui un peu quand même.


29 octobre 2016.- Brume et crachin (8°C). Toujours en Vacances avec Marc Bernard. Bel éloge des villégiatures campagnardes de la Haute-Vienne et des vaches qui la peuple un peu partout . Voilà une bestiole admirable pour qui sait la regarder avec l’œil de l’esthète : «  Je l’aime aussi quand elle monte une prairie, avec fierté, avec noblesse, dans les courbes d’azur dont elle laisse un reflet dans la blancheur de son lait, quand elle monte vers les nuages, si haut qu’on finit par ne plus apercevoir qu’un grain blond… puis plus rien. Le ciel a mangé la vache. » À dix kilomètres de là on massacre à Oradour sur Glane. Plus tard et plus loin ce sont des vacances plus extraterritoriales et exotiques, c'est le Maroc, Marrakech et sa place Jemaa-el-Fna, des calottes noires, des babouches et de jeunes gens et jeunes filles habillées à l'européenne, mais avec un goût villageois voyez vous. Encore plus tard, mais moins loin c'est la Suisse. Marc Bernard aime beaucoup cette contrée confortable où tout est parfaitement aligné, où, entre les doubles fenêtres, des fleurs paraissent avoir été mises là pour la joie du passant…
Dernières acquisitions : Jacques Perret - Rôle de plaisance, Max Ophuls - Souvenirs, Thomas Bernhard - Au But, Sylvain Tesson - Sur les chemins noirs, Deszo Kosztolanyi – Alouette.

31 octobre 2016.- Bruine et quasi froideur, le reste du territoire semblant plongé dans une douce torpeur printanière, il est bien possible qu'une sorte d'injustice météo rôde (10°C). Un peu malade – as usual – l'âge ? Yesteday social life, more drunk than read. Aujourd’hui un poème de Philippe Jaccottet, un autre d'Yves Bonnefoy, les deux cold and boring.

1 novembre 2016.- Soleil, mais trop bas (17°C). Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson. Victime de l'accident que l'on sait Tesson (fils) se retrouve avec le crâne un peu défoncé et le sang d'un autre dans les veines, si l'on ajoute quelques petits clous dans la colonne vertébrale et des poumons largement en charpie on imagine aisément que le moral ne soit pas au beau fixe. Histoire de rééduquer ce corps qui n'est plus qu'un vague sac d'os, de se réhabituer à vivre, Tesson prend la drôle d'idée de vouloir traverser la France du Mercantour au Cotentin tout en empruntant les chemins que l’ Institut géographique national et ses cartes voudront bien lui indiquer. Le voilà bientôt cheminent à son rythme, qui n'est pas celui du ragtime, loin des grands axes, de l’ aménagement du territoire , des ronds-points et du « monde moderne » pour tout dire. L’excursion se révèle être le plus souvent formidable, il faut dire que les lieux traversés sont toujours formidables : le Mercantour, la Provence et le Ventoux, les Cévennes… Au fil des kilomètres, des pages, Tesson se déverrouille, tant au physique qu'au moral, il se permet quelques petites haltes hédonistes : «  En cette année du XXIe siècle, cela me semblait bon de pouvoir passer une heure sans rien faire, comme le petit personnage d’un tableau pastoral du XVIIIe siècle », se retrouve dans des paysages dignes de Füssli ou de Kubin, croise des types bizarres, des errants, des romanos, des « mecs encore un peu sauvages », il examine surtout la modernité de loin avec cet aplomb bourru (trop?) qui pourrait rappeler (de loin) celui d'un  Nicolás Gómez Dávila : « Le pur réactionnaire n’est pas un nostalgique qui rêve de passés abolis, mais le traqueur des ombres sacrées sur les collines éternelles ».

2 novembre 2016.- Semi-labeur. Ciel bleu-blanc, beau temps gâche (15°C). Une fois le Massif Central derrière lui, Tesson accélère la cadence de son pas. Il semble retrouver un peu son corps, ce qui ne l’empêche pas de toujours décrire très bien. Il passe par Ussel, tourne autour de Tours, se retrouve sur les coteaux de Vouvray, la Mayenne est bientôt là le Cotentin pas loin, le livre est déjà fini. De Tesson je n'ai lu que deux livres - Bérézina et celui-ci - qui me semble meilleur.
Pour la suite de mes pérégrinations lectorales, j'ai longuement hésité entre le premier volume de l'autobiographie de Mark Twain et la biographie de Joseph Fouché par Stefan Zweig, j'ai finalement choisi Zweig.

3 novembre 2016.- Semi-labeur. Beau temps frais, nuit précoce (12°). Travaillé nuitamment, fatigue corrélative. Fouché de Zweig. Limpidité formidable, un modèle de biographie. J'ignorais presque tout du passage de la girouette révolutionnaire Fouché à Lyon, des mitraillades bien plus rapides que la machine du bon Docteur Guillotin, de tous ces cadavres jetés dans le Rhône, des simulacres athées et de la « résistance » lyonnaise face à l’hydre révolutionnaire ; me voilà informé.

5 novembre 2016.- Averses (11°C). Le Fouché de Zweig est formidable. Célérité, limpidité. La terreur, le directoire et le coup d'État du petit caporal Napoléon en moins de cent cinquante pages haletantes et resserrées. Au milieu de tout cela Fouché, girouette méphistophélique en chef, type improbable, mais génie politique.

7 novembre 2016.- Passages nuageux, quasi froideur (8°C). Yesterday social life, drank a little too much. Un peu de psychogéographie outdoor, une poignée de kilomètres sur les quais, un détour par les bouquinistes, pêche frugale, un seul volume : Usage du temps de Jean Follain dans la collection poésie de chez Gallimard. Follain parle de la Mélancolie des travailleurs manuels, c'est déjà un bon signe. Today ma psychogéographie ne se sera pas aventurée plus loin que le douillet de l'indoor. Pas quitté mon canapé d'une semelle et poursuivi le Fouché de Zweig. Les cent jours, la chute de l'empereur, des relations qui virent à la pièce de boulevard. Grande finesse psychologique de Zweig, grande finesse tout court.

8 novembre 2016.- Froideur, nous y voila! (6°C). Quelle drôle d'idée que de s'évertuer à vouloir faire des trous dans la chaussée ?! Ainsi ce matin j'ai, une nouvelle fois, été réveillé par une kyrielle de machines bruyantes à moins de trois mètres de mes fenêtres. C'est la troisième fois en moins d'un an que l'on creuse ainsi, je me demande bien pourquoi ? En attendant le bruit concomitant aura été là toute la journée et moi qui me faisait une joie d’entamer le premier volume de l’Autobiographie de Mark Twain, je me retrouve le bec dans la farine avec l'air contrit du petit vieux vitupèrent contre les diverses sources de nuisances sonores. Malgré tout cela j'ai tout de même entamé le livre que j'envisageai d'entamer. Pour l'instant il est plus plein de pleins que de trous et même si les préliminaires semblent s'éterniser plus que de raison on sent déjà poindre le grand écrivain (un buste du Général Grant, la mort qui rôde, de sombres histoires de contrats).


To be continued



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mercredi 28 décembre 2016

Chambre verte - Pierre Barouh



« Sur les petits chemins de terre - On a souvent vécu l'enfer - Pour ne pas mettre pied à terre - Devant Paulette. »

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mercredi 21 décembre 2016

Psychogeographie indoor (72)



« Sur un vaisseau qui fait naufrage, la panique vient de ce que tous les gens, et surtout les marins, ne parlent obstinément que la langue des navigations ; et nul ne parle la langue des naufrages.» (Armel Guerne )


1.

27 juillet 2016.- Suburb of Glasgow. Crachin, vent léger, mais aigrelet (16°C). En regardant par la fenêtre de ma chambre d’hôtel, je vois un pont flottant au dessus des nuages, il n'est pourtant pas si haut, les nuages doivent être bien bas. Glasgow est un peu plus loin, dans un au-delà que je ne peux percevoir.

28 juillet 2016.- Isle of Skye. De Glasgow je n'aurais presque rien vu, une cité grise sous les embruns, des bâtiments rarement primesautiers et le petit cachet des cités saisies par la désindustrialisation massive. La ville derrière moi, la campagne est bien vite là. Le « célèbre Loch Lomond », la vallée de Glencoe, autant d'entités bucoliques au charme pour le moins aqueux. Peu après Fort William, qui vaut le coup d’œil, et laissant le Ben Nevis derrière moi, pris le ferry en direction de l’île de Skye. Traversée sans anicroche sous un quasi soleil.

29 juillet 2016.- Inverness. Malgré les micro-insectes qui y pullulent l'île de Skye est très bien. C'est un endroit où l'on resterait bien échoué en solitaire, je ne le ferai pas, car mon programme est bien trop ficelé pour que je puisse me délier de lui. Après avoir fait un court détour par Portree, village pittoresque où l'on peut croiser quelques touristes égarés, j'ai quitté l'île en empruntant un pont certes fort pratique, mais qui n'a rien de vraiment sautillant. La route qui suit longe le Loch Ness en direction d'Inverness, je n'y ai croisé que moutons, châteaux et joueurs de cornemuse en kilt, pas le moindre monstre sur l'horizon. Pour le reste, il faut savoir qu’ Inverness est une petite citée pleine de charme avec quelque chose de scandinave qui flotte dans l'air.

30 juillet 2016.- Aberdeen. Whisky et Guinness. D'Aberdeen je ne dirai pas grand-chose, elle est grise et il faut peut-être boire un peu pour l'oublier.

31 juillet 2016.- Environs de Perth, égaré au bord d'un Loch qui ne me demandait rien. Un château, de bien beaux jardins, une météo estivale pour l'Écossais commun (soit deux belles éclaircies), du Whisky quelques pintes de Guiness, que demander de plus ?

1 août 2016.- Environs de Perth, toujours égaré au bord de mon Loch. Météo magnifique, belles solleilées, beaux nuages, ciel flandrien. Je ne suis pas plus golfeur que joueur de Jokari, mais je dois dire que St Andrews m'a beaucoup plu. Ses belles ruines, ses links impeccables et ses plages flegmatiques m'ont ravi tout en réveillant le snob aristocratique qui sommeille en moi.

2 août 2016.- Suburb of Glasgow. Visité Édimbourg dans la précipitation. Trop de flux touristique, cependant et pour la première fois depuis le début de mon séjour une vraie météo indigène, brume, « douche écossaise» et quelque chose du bonheur.

4 août 2016.- Congés. Orages (32°C→ 22°C). Retour d’Écosse un peu morose, guère d'envie. Heureusement, Churchill et ses Mémoires de guerre sont là.

5 août 2016.- Congés. Ciel de traîne assez changeant, beaux cumulus (21°C). Still with Winston. Débâcle française, poche de Dunkerque, Mussolini sur son balcon, Churchill raconte tout très bien, sans trop de modestie et alors ?

8 août 2016 → 10 août 2016 : empty slot.

11 août 2016.- Matinée un peu fraîche, plus de tiédeur par la suite (10°C→ 22°C). Les chatouillements ne sont jamais un manquement aux règles de la bienséance. Pour ce qui me concerne je dirai même qu'ils sont les des rares agréments de l'existence. Rien d'autre (et rien lu).

12 août 2016.- Ciel IKB, température idéale, que demander de plus ? (26°C). Je flotte par ondes impétueuses dans une direction que le commun des mortels n’atteint que très rarement.
Toujours rien lu aujourd'hui, est-ce un problème ?

13 août 2016.- Journée ensoleillée (28°C). De la destruction de W.G. Sebald. Guerre et littérature. Bombardements, corps et cendres (une corbeille à linge pourrait contenir une famille au complet). Grande avancée de la modernité qui voit une mère folle de chagrin transporter le cadavre de son enfant réduit à la taille d'une momie lilliputienne. Sebald n'oubliera jamais ces cendres-là, elles seront le terreau de son œuvre.
Pour le reste, je me délite dans une apathie un peu grise où le sautillant n'a pas vraiment sa place.

14 août 2016.- Tiédeur (33°C). Sebald, destruction, sieste prolongée, sport télévisé. Nothing else. Lire Automme allemand de Stig Dagerman.

16 août 2016.- Chaleur un peu fourbe (33°C). Vie sociale et long weekend alcoolisé. Ma petite chose diaristique est bien loin derrière moi, plus je creuse mon horizon, plus elle s’éloigne.

21 août 2016.- Ciel changeant, température idéale (23°C). Un peu d'horticulture matinale, taillé quelques branches et boutures avec l'application non feinte du botaniste averti. Déjeuner léger suivi d'une bienheureuse sieste sur l'une de mes chaises d'extérieur. Dans la foulée, et dans un halo un brin narcoleptique, fini le livre de W.G.Sebald (De la destruction). Dézingage en règle d'Alfred Andersch, écrivain dont j'ignorais tout et qui en prend pour son grade (Sebald lui reproche de travestir sa biographie en utilisant le chemin broussailleux de la littérature…). J'ai l'impression que Sebald est meilleur en « archiviste de la mémoire », je peux me tromper, je n'ai pas la science infuse, je suis plus jardinier qu'autre chose. Puisqu'il faut toujours finir un ouvrage que l'on a eu la bonne opportunité d'entamer outre le Sebald j'ai achevé mon volume des Greguerias de Ramon Gomez de la Serna. Je m'étais un peu lassé de lui et il attendait que je le finisse avec ce petit air plaintif que prennent les livres lorsqu'on oublie des les finir. J'avais tort de me lasser de lui puisque bien que souvent obsolète il recèle d'indéniables merveilles : « La chemise repassée nous attend bras croisés ». Sebald et De la Serna derrière moi poursuivi par le Journal de Stendhal que je suis loin d'avoir fini, encore près de quatre cents pages et du bonheur à saisir : «  Je sens par tous les pores que ce pays est la patrie des arts. Ils tiennent, je crois, dans le cœur de ce peuple la place que la vanité occupe dans celui des Français. » (l'Italie !).

22 août 2016.- Soleil (26°C). Back in Stendhal diary. Nous sommes à Milan le 10 septembre 1811, l'ami Beyle se rend jusque chez un « traiteur » qui lui fait part d'une méthode secrète lui permettant de « bander » plus que de raison. La méthode qui est aussi une recette est très simple, il suffit d'avoir une tarentule à portée de main, de l'occire puis de la réduire en charbon et de la mélanger avec de l'huile d'olive. Le « patient » frotte ensuite la pâte résultant du mélange au pouce de son pied droit et le tour est joué, voilà une belle érection qui commence à poindre. Nothing else.
Rien (ou presque) : Tout ce qu'il y a de bon à gagner d'un sot, c'est son affection.

23 août 2016.- Hausse de la température extérieure. Pour demain la météorologie nationale prévoit du caniculaire, c'est inquiétant (30°C). Encore dans le Journal de Stendhal, l'Italie, toujours l'Italie, il faut bien dire que l'Italie a beaucoup pour elle. Otherwise nothning else, ou presque (je suis morose).

25 août 2016.- Tiédeur mafflue (38°C). Ayant su préserver mon petit intérieur de la grande chaleur extérieure je m'y suis réfugié avec le contentement de l'ours brun aux abords de l'hibernation. J'en suis là, et ce là me convient tout à fait. Pour le reste, rien lu, on annonce une rentrée littéraire pleine d'éxofiction, je suis moyennement inquiet.

26 août 2016.- Canicule ou presque (35°C). Légumineux et entiédi, rien pour moi. Petit tour dans les Cahiers de Cioran, salutairement moroses : « Il faut être ivre ou fou, ajouterais-je de mon côté, pour oser encore se servir de mots, de n'importe quel mot ».
Rien (ou presque) : Y t-il un atoll Burkini !?

27 août 2016.- Inconvenante tiédeur (35°C). « La voix de la cigale couvre les champs, mais son corps tient dans la main. » Réfugié in my small indoor, à l'abri de la chaleur et à l'ombre des démons. Retour dans les Œuvres complètes de Jean Paulhan, l'art du contre-pied et cette façon diablement capricante de bien vouloir tourner autour des mots. Pour Paulhan les mots ne sont pas des signes faisant sens par nature, il faut les aider, leur faire un peu confiance pour que par retour ils investissent le domaine de la pensée. Tout cela pourrait être un brin compliqué, cela ne l'est pas tant que ça.

28 août 2016.- Nuages, trois gouttes tièdes (32°C). J'étais avec Paulhan et ses mots, les conditions lectorales semblaient épatantes, pas de bruit parasite, une chaise de jardin et un petit air frais matinal, et voilà que je me suis endormi, sans ostentation, discrètement avec la quiétude du vieillard qui part déjà un peu. Je me suis réveillé bien plus tard, j'ai déjeuné un peu, puis après une nouvelle sieste qui s'imposait d'elle-même j'ai laissé choir Paulhan et suis retourné dans les Journal de Maurice Garçon. Débarquement en Silice, démission du pantin Benito, on croise Paulhan deux trois fois, je ne me suis pas rendormi.


2.

29 août 2016.- Ciel globalement nuageux et petit air frais, pas de quoi se plaindre vraiment (25°C). Barbouillé et légumineux, rien de bien réjouissant. Lu quelques peccadilles dans le seul quotidien national sportif. Pour le reste saviez-vous que j'ai « roulé » ma première pelle pas loin de La Baule, à Pornichet ? C'était en 1977, j'avais onze ans, Elvis Presley est mort le lendemain…

30 août 2016.- Encore un peu de tiédeur latente (29°C). Cioran n'aimait pas Victor Hugo, que voulez-vous cette œuvre replète, cette vie trop remplie, rien de vraiment intéressant. Quant aux écrivains en règle générale : « L'idée de rencontrer des écrivains me rend positivement malade. Retrouver ses propres défauts en pire est intolérable. Et puis on ne peut supporter de plus vaniteux que soi. »

2 septembre 2016.- Tiédeur (35°C). La chaleur étant ce quelle se trouve être une petite troupe d'araignées a investi mon indoor le trouvant certainement plus frais que l'outdoor. Pour le reste, je ne sais plus écrire et suis plus proche du légume vexé que de toute autre chose. Rentrée littéraire, lire California Girls de Simon Liberati.

3 septembre 2016.- Ciel gris jaune, quasi souffreteux (32°C). Largement entamé California Girls de Simon Liberati. Manson et sa famille de hippies en goguette, le massacre de la Villa Polanski, l'horreur qui monte, qui est là, qui ne retombe jamais vraiment. Liberati est si diablement informé qu'il restitue tout cette saumâtre histoire avec la précision maniaque du type qui en sait beaucoup trop. Malgré cela il n'est jamais vraiment dans la délectation voyeuriste et si le meurtre et l'agonie de Sharon Tate sont racontés avec moult détails émétiques, il y a plutôt une étonnante émotion qui rôde plus que tout autre chose.

4 septembre 2016.- Nuages (28 °C). Au loin un volatile indéfini gazouille mollement, un reste de tiédeur flotte, je m'ennuie solidement. Manson étant un personnage trop intéressant pour être vraiment intéressant, Liberati se concentre donc sur les filles qui elles présentent l'avantage de pouvoir êtres un peu modelées dans le sens du romanesque : « … les filles sont plus intéressantes et émouvantes, car, elles se sont vraiment données, corps et âmes, amoureusement, au mal. Elles valent plus que Manson qui, pervers manipulateur, n’avait qu’un souhait : retourner en prison en entraînant le plus d’âmes possible dans sa chute » (In Le Monde). Otherwise 1969 année du désenchantement, année d’Altamont et des affaires Tate-Polanski-La-Bianca, celle du grand retour du mal et de ses mythologies

5 septembre 2016.- Averses, baisse sensible de la température extérieure (22°C). « Orange sunshine », Methedrine et petits canifs Buck. Chez Liberati on saigne les « cochons ». Il faut toujours se méfier des hippies en goguette. Nothing else.

6 septembre 2016.- Ciel nettoyé, du vent (27°C). Le labeur derrière moi, sieste et jardinage, deux chapitres du Liberati que j'ai lus en pensant qu'ils étaient convenablement distrayants (ce qui s'agissant de ce livre, est une pensée assez horrible).

9 septembre 2016.- Beau temps chaud, un peu d'air (31°C). Le « groove cosmique et brinquebalant » de Sun Ra me berce. Je somnole nébuleusement. Les mots m'abandonnent. Rien ne peut plus m'atteindre.

10 septembre 2016.- Tiédeur tardive, indian summer ? (29°C). La dernière partie de California Girls oublie le factuel morbide et vadrouille dans la « transfiguration littéraire ». il y a plus d'air, les fenêtres de la fiction sont entrebâillées et même si l'odeur des cadavres persiste à vouloir encore flotter un peu on respire mieux aux abords du Topanga Canyon.
J’enchaîne avec Cinq sorties de Paris, un recueil de textes où Henri Calet s'aventure hors des arrondissements parisiens. L’Algérie, le Gévaudan, la Loire et la Garonne, autant de contrées périlleuses.

11 septembre 2016.- Soleil voilé, grande chaleur (33°C). Je ne sais plus écrire, j’ânonne. N’ayant aucun lecteur, ce n'est pas un problème en soi.
Fini Cinq sorties de Paris qui s'est avéré être un formidable petit livre. Calet descend la Loire, ce fleuve qui est aussi un boulevard de rois, de reines et de poètes (on peut y coudoyer Max Jacob, Charles d'Orléans, Villon, Ronsard ou La Fontaine), ce fleuve bordé de châteaux qui sont autant de paradis accueillants où l'on passe des nuits reposantes (Chambord est un régal, un dessert somptueux et une « pièce montée fantasmatique qui serait l’œuvre d'un facteur Cheval aux moyens illimités »). Plus loin le fleuve disparaît dans l’atlantique : «  Mais un fleuve ne meurt point vraiment. Ce mouvement qui ne finit pas, c’est celui d’une artère qui porte le sang à son cœur. Et il se trouve que le cœur de la Loire, c’est l’Océan. Une histoire qui n’aura probablement pas de fin ».
Après avoir descendu la Loire Calet remonte la Garonne, du Médoc, de Malagar et du tombeau de Toulouse-Lautrec jusqu'en Espagne et ses portraits du Gaudillo accrochés un peu partout on se demande bien pourquoi. Merveilleuse remontée, est-il utile de le préciser ?

12 septembre 2016.- Chaleur inutile, ciel bleu gâché (33°C). Malade et sans entrain. Aujourd'hui ce fut Jaccottet sur Cingria, un Suisse conséquent sur un autre Suisse conséquent. À vrai dire deux beaux loustics à la plume gracile : « Je rappellerai seulement un souvenir ; au coin de cette même rue Bonaparte et de la rue du Vieux-Colombier, il y a un café-tabac ; nous nous étions attablés dans ce café pour attendre un ami avec qui nous devions passer la soirée. L'ami ne venait pas ; son retard devenait presque insolent ; Cingria, qui était fort susceptible, s'en affectait, tandis qu'un orage s'était abattu assez brusquement sur Paris, avec une grande violence. Cingria, inquiet, m'avait vivement incité à nous garer dans le fond de la salle : " il y a comme ça des éclairs, vous savez, hein ! des éclairs en boule qui se précipitent tout à coup dans les cafés, comme des consommateurs… "»
Rien (ou presque) : L'air suisse se boit.

13 septembre 2016.- Toujours cette chaleur vraiment trop hors de saison pour espérer être honnête (35°C). Labeur ultra matinal, sieste prolongée, arrosé plantes et fleurs. Par ailleurs ces quelques lignes de Cioran qui auront fait ma journée (avec l'arrosage et la sieste) : « L'artiste qui cherche l'extraordinaire à tout prix et d'une manière constante lasse vite, car rien n'est plus insupportable que la monotonie de l'insolite. Il n'y a pas d'art véritable sans un minimum, que dis-je ? sans une bonne dose de banalité. »

15 septembre 2016.- Vent, baisse de la température (23°C). Les jours de labeur me laissent avec le cogito en berne , je me repli généralement sur du fragmenté. Ainsi aujourd'hui je me suis contenté de quelques éclats chez Jaccottet, Cioran et Joubert. Jaccottet parlait très bien de Giorgio Bassani, Cioran était maussade en bien, quant à Joubert il persistait à vouloir être impeccable : « Naturellement, l'esprit s'abstient de juger ce qu'il ne connaît pas. C'est la vanité qui le force à prononcer, quand il voudrait se taire.»


3.

17 septembre 2016.- Ciel couvert, chute vertigineuse des températures, quasi-froideur (16°C). Pour l'Européen de base l'Indonésie semble être une contrée appartenant à une autre planète, pire c'est parfois une contrée qui n'existe pas du tout ! Que voulez-vous la distance ne fait rien pour cet aréopage de grosses îles cabotant entre Asie et Océanie. Jakarta a beau être la seconde agglomération la plus peuplée au Monde, l'Indonésie a beau être remplie de plus de 250 millions d'âmes, cela ne compte pas vraiment dans la « grande marche » de notre monde à nous. Dans l’Anthropologie n'est pas un sport dangereux c'est pourtant cette contrée que l’impeccable Nigel Barley visite. En bon scientifique anglais, il le fait en sautillant et n'oubliant pas tous les humains souriants qu'il peut croiser sur son passage. Voilà un livre fort drôle – enfin, les cent pages que j'ai lues aujourd'hui étaient fort drôles – et qui bien malgré sa drôlerie nous apprend une foultitude de choses : sur les us et coutumes des Indonésiens, leurs multiples langues et leur façon de traverser les rues à Jakarta.

18 septembre 2016.- Pluie continuelle, fraîcheur (14°C). Nigel Barley n'est pas un anthropologue comme les autres, il mène sa petite entreprise scientifique par petits bonds capricants, il croise des autochtones plus souriants les uns que les autres, évite quelques sangsues et utilise des transports pour le moins aléatoires. À Célèbes (ou Sulawesi) il se perd un peu, retrouve son chemin facilement, car il n'a pas vraiment de chemin à suivre. Le voilà dans les montagnes au milieu des torajas, tout est pour le mieux .

19 septembre 2016.- Soleil, fond de l'air encore frais, tout cela très moyen. Lombalgie, dorsalgie, gonalgie. Rien lu.

20 septembre 2016.- Labeur. Ciel globalement nuageux (20°C). Je n'y suis plus. Jeux ni suie plus. Jeune y suit plus

22 septembre 2016.- Ciel bleu-blanc, douceur (23°C). Deux strips de Charles Monroe Schulz. L'ami Charlie est toujours des miens. Dernières acquisitions : quatre volumes d'Henri Thomas (La relique, La nuit de Londres, Un détour par la vie, Une saison volée), un volume de Valery Larbaud (Aux couleurs de Rome).

23 septembre 2016.- Belle journée, mais soleil trop bas, un soleil d'automne (23°C). Lever 6 heures. Labeur. Courte sieste. Retour en Indonésie avec Nigel Barley. Conditions lectorales déplorables — deux voisines caquetant telles deux poules étêtées – mais toujours beaucoup de plaisir à prendre. On fume des cigarettes aux clous de girofle, on ne s'en fait pas trop. Fini l’ après-midi loin de l'Indonésie avec un Joseph Joubert pirouettant autour de Platon :  « Platon se perd dans le vide ; mais on voit ses ailes : on en entend le bruit. »

24 septembre 2016.- Belle journée dans le genre estival tardif (23°C). Les fins d'étés et les débuts d'automnes ne favorisent pas la lecture en extérieur. Le soleil est bas et les ombres portées trop là pour vraiment réjouir le lecteur. Ainsi, j'ai passé mon après-midi à chercher le soleil tout en tentant de lire anthropologie sautillante de Nigel Barley. Le tout fut assez problématique : mon petit extérieur est entouré de beaucoup trop d'arbres pour la saison et j'ai dû déplacer ma chaise de lecture pas loin de quatre fois ! Imaginez mon embarras et le côté périlleux de l'opération. Pour en revenir vraiment à Nigel Barley et à ses lointaines pérégrinations, il faut savoir que l'Indonésie est une contrée où l’autochtone trouve Margaret Thatcher fort belle, et où les carrefours des routes sont les centres des activités nocturnes. Les gens viennent s’asseoir, le regard vide, enroulés dans leurs capes et contemplant les rues désertes. Je ne parlerai pas des enterrements qui sont immanquablement croquignolets et joyeux. Il faut dire que l'on enterre le décédé quatre ans après son trépas. Le cadavre n'est plus qu'un sac d'os qui fait des bruits rigolos. Je ne parlerai pas non plus des chrétiens torajas qui appellent Dieu Allah, de la façon, d'égorger les buffles ou d'écraser les chiots, et je finirai par cette jolie citation : « Même les bêtes impures sont l’œuvre de Dieu et l'homme qui les tue est un idiot. »

25 septembre 2016.- Soleil de plus en plus voilé au fil de la journée. Sur le tard une armée de nuages noirâtres un peu patibulaires. L'été serait-il derrière nous ? (26°C). Dans la dernière partie de l’Anthropologie n'est pas un sport dangereux Nigel Barley retourne à Londres avec une petite clique d’ indonésiens dans ses bagages. Ces indonésiens là artisans et sculpteurs sur bois de leur état auront pour but la construction d'un grenier à riz dans l'une des nombreuses salles du British Muséeum. Tout en accomplissant leur tâche, ils découvriront Londres et la vie occidentale ce qui ne manquera pas de provoquer quelques quiproquos savoureux. Que voulez vous l'indonésien téléporté n'engendre pas la mélancolie et il sautille plus qu'à son tour dans le cocasse : « Les premiers jours, deux choses les troublèrent par-dessus tout : le silence sinistre dans lequel vivaient les Anglais et le papier toilette. Où étaient les bruits des lecteurs de cassettes, les coups de klaxon, les appels des vendeurs de rue, les cris d’enfants ? Ils n’arrivaient pas à dormir la nuit. On n’entendait que les chouettes, toujours terrifiantes, associées à la sorcellerie. Pour les Torajas, la marque d’une bonne maison et d’une famille heureuse, c’est l’agitation, les enfants et un flot perpétuel de visiteurs qui rendraient fou un Occidental. Ils finirent par faire hurler de la pop music pour s’endormir ».


To be continued.


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vendredi 11 novembre 2016

Psychogeographie indoor (71)



« Et depuis, chaque jour, ou presque, je me suis découvert de nouveaux sens. Ma vie m’intéresse prodigieusement. Je me relève, je me déplie, je m’étends dans beaucoup de directions. On a été si longtemps assis sur moi... » (Valery Larbaud, Journal intime de A.O. Barnabooth )


1.


13 juin 2016.- Ciel désespérant, crachin açorien, brise océanique (19 °C) Rien lu, ou si peu…

14 juin 2016.- Nuages et pluie, deux éclaircies tardives et inespérées (19 °C) Policiers trucidés à domicile, casseurs « concernés », hooligans enbièrés : nous voilà bien. Lu quelques Greguerias de l'ami Ramon tout en buvant une goutteuse Guinness face à un soleil bien rare. Il faut parfois savoir oublier le monde.

16 juin 2016.- L'anticyclone des Açores s'étant perdu on ne sait où, voilà une météo aléatoire, mais toujours dans l'humide (21 °C). Assez las, rien lu.

17 juin 2016.- Nuages et rares éclaircies. Dans quatre jours l'été sera là, il n'y aura pas eu de printemps, c'est fort dommage. (21 °C). Trop accaparé par une multitude d'occupations ayant tout du plombant et rien du sautillant je n'ai encore rien lu aujourd'hui. Cela ne durera pas, dès demain je pense entamer le Salut au Kentucky de Kléber Haedens ; c'est potentiellement un « vrai » roman-roman que j'envisage très bien.
Rien (ou presque) : J'aime être naïf, la naïveté est une protection formidable.

18 juin 2016.- Pluie continuelle, température en baisse (16 °C). Un godelureau tombe amoureux d'une jeune oie dont il entrevoie le portrait exposé derrière la vitrine d'un magasin de petites antiquités. Grâce à un subterfuge un peu sournois, notre godelureau, appelons-le Wilfrid, rencontre et séduit bien vite la jeune oie. Voilà le début de Salut au Kentucky, sorte de roman-roman dix-neuviémiste qui s'autorise d'heureux flottements entre l’Éducation Sentimentale et Stendhal. Haedens est parfaitement maître d'une affaire qu'il échafaude avec légèreté, le plaisir du lecteur est là.

19 juin 2016.- Vent frisquet, petite pluie morose, désespoir (17 °C). Kléber Haedens et le Kentucky qu'il faut saluer. Wilfrid est à Paris, il se frotte aux gens de lettres, découvre les plaisirs de la chair, perd un peu de sa gaucherie juvénile, j'en suis là...
Demain départ pour Londres, ville que je n'ai pas visitée depuis 35 ans, elle a du un peu changer et j’imagine qu'une troupe de nuages m'attend de pied ferme.

24 juin 2016.- Canicule, ou presque (34 °C). Back from London. Comme je me l’imaginais, Londres a un peu changé depuis ma dernière visite il y a bientôt trente-cinq ans. Les buildings qui y ont poussé donnent aux bords de la Tamise un charme aisément mycophile. Un grande firme de soda américaine (mais centenaire) a construit une très grande roue où le touriste se fourvoie tel le premier hamster venu… Plus classiquement, de l'autre coté de la Tamise, la relève de la garde semble immuable, elle est cependant devenue un événement amusant où l'on slalom entre perches à selfies et troupe d'asiatiques de tous poils. Big Ben carillonne toujours très bien (les autres édifices historiques non changés qu'en plus joli, puisqu’on les a diablement ravalés). Carnaby Street est encore là, mais elle est rempli d'échoppes où l'on vend Converse ou sandwichs bio machin truc, mais plus du tout de disques. Le reste de Soho ma paru beaucoup moins interlope qu'au temps lointain de mes vertes années. Pas loin de là Convent Garden s’est transformé en un « charmant » piège à touriste (pour ne pas dire à Hamster), Oxford Street est toujours très polluée et assurément marchande, quant au British Muséum je m'y suis encore perdu puisqu'il est toujours trop grand. Pour le reste, Londres me semble davantage cosmopolite que jadis, on y parle italien dans les restaurants, russe à la réception des Hôtels et les épiciers issus du sous-continent indien font tout pour faciliter vos petits achats alimentaires.

N.B. Pendant mon court séjour Londonien les Anglais ont semble-t-il votés pour un bidule référendaire assez cyclonique. Tout cela m'est un peu passé au dessus de la tête. S'agissant du cyclone, l’œil est toujours l'endroit le plus calme.

Poursuivi le Salut au Kentucky de Kléber Haedens avec toute la félicité du lecteur quasi satisfait. Voilà un roman-roman qui tient toutes ses promesses. Intermittences du cœur, rebonds sentimentaux divers et variés ; célérité avant tout. Le héros Wilfrid, fait la guerre, fendille quelques crânes, rencontre quelques dames fort accortes, vieilli un peu, se retrouve échoué dans la brume, entre Rhône et Saône, à Lyon, j'en suis là : « Wilfrid ne croyait ni à la politique, ni à la philosophie. Il croyait à l'océan Atlantique, aux oranges, aux fables de La Fontaine, à tout ce qui se touche, s'entend, se goûte, se respire et se voit. Sa pensée ne devait plus végéter sur des systèmes d'idées, mais rechercher les méthodes les plus sûres pour savoir le bon usage des êtres et des choses, femmes, loups au fenouil, navires sur la route de Sydney ».

24 juin 2016.- Restes orageux (26 °C). Pas du tout velléitaire, beaucoup de narcolepsie sur canapé. Fini le Salut au Kentucky de l'ami Haedens. L'intrigue se délite peut-être un peu dans la facilité sur la fin, mais cela reste un roman assez formidable. Pas d'ornière naturaliste, un style parfois beyliste, que demander de plus ?
« — À Paris, si je rentre tous les jours à cinq heures du matin, si je suis l'amant d'une femme mariée, à chaque palier de ma maison on s'empare de l'affaire, on répand les bruits les plus déshonorants sur mon compte, et je suis pris en haine par tout un quartier. Il suffit d'un concierge pour vous enlever le goût de vivre. À Lyon, je peux rentrer ivre mort tous les soirs, être l'amant de vingt-cinq femmes plus mariées les unes que les autres, personne n'en parle et tout le monde s'en moque. À condition, bien entendu, de respecter la discrétion et de respecter la règle du jeu. Lyon est la ville la mieux faite pour les fantaisistes et les débauchés. C'est quelque chose qui compte, quand on y pense… »
Rien (ou presque) : Remy de Gourmont est mort le 27septembre 1915 – le jour où Blaise Cendrars perdit son bras – ce n'est pas rien.

27 juin 2016.- Ciel bleu-blanc, température idéale (26 °C). Au loin j'entends chanter un coq, c'est assez intrigant, je suis quand même presque citadin. Cioran, Cahiers deux pages, Renard, Journal trois pages. Ces cinq pages et ce coq lointain auront fait ma journée.

28 juin 2016.- Soleil et chaleur, nous y voilà! (30 °C) Arosé plantes et fleurs avec toute l'application d'un jardinier semi-amateur. Les Cahiers de Cioran à dose homéopathique, ces mots : « Tout homme qui veut faire parler de soi, on doit le considérer comme un ennemi virtuel ».

30 juin 2016.- Tiédeur et nuages épars (30 °C). Je combine dévergondage et dépravation avec le plus de discrétion possible. Savoir rester licencieux, mais uniquement avec soi-même reste pour moi un principe de base.
En attendant, je regarde un escargot cheminer péniblement dans mon jardin. Il n'y a plus guère d'humidité, il doit souffrir un peu. Il faudrait que je lui indique la direction à prendre pour retrouver un terrain plus adéquat avec sa nature de gastéropode hermaphrodite. C'est ce que je vais faire, car, voyez-vous, je suis compatissant.
Pour le reste, lire Alain Chany


2.


1 juillet 2016.- Belle journée ensoleillée (29 °C). Arrosé plantes et fleurs, taillé ma barbe qui virait au broussailleux. Entamé le Volume II des œuvres complètes de Jean Paulhan (L'Art de la Contradiction).  Lu la préface, par un certain Bernard Baillaud, elle est très bien, éclairante, mais sans en faire trop. Demain j'attaquerai un peu plus franchement la lecture de ce replet volume, 780 pages, c'est beaucoup ou pas, je verrai à l'usage.
Rien (ou presque) : Les sofas des sanatoriums ont toujours de bien curieux dossiers. On se demande bien pourquoi?

2 juillet 2016.- Chute sensible de la température extérieure (21 °C). Entretien sur des faits divers, deux esprits civilisés (Jean Paulhan et René Martin) devisent doctement sur quelques potentielles chausses trappes linguistiques. La discussion est parfois merveilleuse. Logique, psychologie, sociologie et sémantique sautillent dans une heureuse farandole et le lecteur pourrait être ravi : « On dit que les ignorants font les meilleurs professeurs. Mais ce peut être parce qu'ils cherchent à s'instruire et apprennent, pour ainsi dire, du même élan que leurs élèves, qu'ils entraînent aisément. »
Mort d'Yves Bonnefoy, poète conséquent.

3 juillet 2016.- Ciel IKB, tiédeur modérée (25 °C). J'écris ces mots face à un soleil qui ne m'en veut pas trop. Cette journée aura oscillé entre vague mollesse et petit bonheur de vivre. Toujours chez Jean Paulhan. Les hain-tenys ces courts poèmes qu'il avait découverts lorsqu'il officiait à Madagascar. De l’obscure et du primitif qui valsent avec la souplesse d'un Haïku : « Le petit caïman que sa mère mange retourne au ventre qu'il connaît bien ».
Pas de trépas conséquent aujourd'hui alors qu'hier ce fut une véritable hécatombe : Yves Bonnefoy, Michael Cimino, Elie Wiesel, Michel Rocard… De ce dernier — rare « politique » que j'aurais presque toujours trouvé à mon goût — ces quelques mots : « Les partis politiques sont des sociétés modérément sympathiques dans lesquelles il n’est pas facile de faire réfléchir. »

5 juillet 2016.- Beau temps chaud (28 °C). Nouvel appareil photo. Rien lu. Mort hier : Abbas Kiarostami.

7 juillet 2016.- Beau temps estival (30 °C). L'été est là, frôlons et abeilles tournent autour ma petite caboche. Un peu plus bas, pas si loin que ça au niveau des mes pieds, une fourmi transporte une brindille démesurément replète. La tâche a beau être colossale, la lilliputienne bestiole s'en sort très bien. Mes plantes et fleurs ont certainement soif, je pense que je vais les arroser tout en essayant de ne pas écraser un insecte au passage, car, voyez-vous aujourd'hui je suis d'une humeur assez hindoue. En dehors de tout ça, picoré quelques lignes chez Robert Walser. Celle-ci par exemple, parfaitement chapeautée et qui a vraiment tout pour plaire : « Je traite mon chapeau avec grande douceur et il me semble toujours aussi longtemps que je peux toucher mon chapeau, d'un tendre geste qui m'est coutumier, que je peux encore m'estimer un homme heureux. »

8 juillet 2016.- Chaleur (33 °C). Trop de labeur, trop de manifestations sportives télévisées, balle au pied et vélocipède, peu de temps pour la lecture. Néanmoins aujourd’hui, deux chroniques (Vialatte), une page de journal intime (Renard), une demi-page d'un cahier un tantinet acrimonieux (Cioran). Demain j'entamerai le nouvel opus de Michael Connelly, certainement très peu littéraire, mais à coup sûr assez distrayant.
Rien (ou presque) : Le bang des supersoniques ne gâche jamais vraiment le ciel.

9 juillet 2016.- Chaleur (30 °C). Mariachi Plaza, nouveau Connelly, nouveau Harry Bosch et nouveau « cold case ». Nothing else.

11 juillet 2016.- Tiédeur mékongaise (33 °C). Trop poisseux pour espérer lire quoi que ce soit. Hier soir défaite dans un tournoi de balle au pied (tragédie nationale). Je vous laisse, l'orage rôde.

14 juillet 2016.- Averses, vent, fraîcheur (17 °C). Après trois jours de quasi-canicule nous voilà rendus à des températures frôlant l’automnal. Cette année la météo est décidément bien particulière. Toujours dans le Mariachi Plaza de Michael Connelly. Roman policier tranquille où Harry Bosch semble déjà en pré-retraite. Néanmoins, les « qualités » de Connelly sont là, sur les rouages et la précision il est toujours imbattable.

15 juillet 2016.- Ciel nettoyé par un vent salvateur, température idéale (23 °C). Hier soir, massacre. Un « camion fou », plus de quatre-vingts morts. Nous commençons à nous habituer. Tout cela — le massacre, notre accoutumance à la douleur — est sinistre.
Coupé ma haie, arrosé plantes et fleurs, se faisant sauvé la vie de quelques escargots égarés. Lu soixante pages de Michael Connelly, toujours distrayant. Il faut parfois savoir se laisser distraire.

16 juillet 2016.- Beau temps estival (26 °C). Le monde étant ce qu'il se trouve être, humeur guère sautillante. Toujours dans le Connelly que je lis tout en m'accompagnant de l’application Google Maps. Ainsi, je me retrouve au plus près des lieux de l'action et après avoir lu toutes les enquêtes d'Harry Bosch, je pourrai bientôt dire que je connais un peu Los Angeles sans y avoir jamais mis les pieds (Des États-Unis je n'ai visité qu'une petite partie centrale de Denver à Las Vegas).

17 juillet 2016.- Belle tiédeur (30 °C). Lecture en outdoor dans un espace savamment étudié entre ombre et lumière. Quelques phases d'heures narcolepsie et ce simple constat : Harry Bosch s'éloigne à petit feu (dans Mariachi Plaza il est plus proche d'un Maigret californien que d'autre chose).
Entamé Planète sans visa de Jean Malaquais, livre réputé « culte » qui me faisait de l’œil depuis quelque temps. Pour l'instant je bute un peu dessus, trop de personnages, trop de foisonnement, trop de roman-roman, il va falloir que je me fasse violence pour vraiment entrer dedans…

18 juillet 2016.- Ciel IKB, pas la moindre trace de vent, chaleur, nous y voilà (33 °C). Malaquais pourrait être un autre Conrad (un Conrad français), c'est une éventualité tangible, il y a beaucoup de points de contact entre les deux. Un pays de naissance quasi commun (la Pologne pour Malaquais, l'Ukraine polonaise pour Conrad), le fait d'apprendre tardivement la langue avec lequel il écrira, une carrière d’écrivain ne devant pas plus à l'école qu'aux universités. Tandis que Conrad était matelot puis capitaine au long court Malaquais sera quant à lui mineur de fond, un très jeune mineur de fond. C'est donc en autodidacte qu'il découvrira la littérature, tout seul, au fond d'une bibliothèque qui lui donnera beaucoup. Voilà donc une sorte de Conrad français qui remplacera l’appétence maritime par une attention non feinte pour l'humain, le terriblement humain, le collé à l'humain… Dans Planète sans visa on sent tout ça : l’autodidacte qui veut en faire trop, le marxiste un brin désabusé qui laisse ses chances à tout le monde (les réfugiés de tous poils, les collabos, le magouilleur et margoulins). Tout cela sent l'humain, est humain.

19 juillet 2016.- Grande tiédeur (36 °C). Indolent sous la chaleur, mou face à l'adversité, voilà une journée où j'aurai été pleinement conforme avec moi profond. La chaleur est un bon révélateur. Je me suis tout de même fait violence en rempotant quelques fleurs qui ne me demandaient rien puis j'ai lu quatre chapitres de Jean Malaquais. S'agissant de ce dernier mes craintes se confirment, Planete sans visa est un roman-roman exagérément replet pour ma modeste personne. Malaquais éprouve toujours le besoin d'être partout, de raconter une ville (Marseille en 1942, entre débâcle, cul de sac et Vichy) avec un aplomb qui même s' il est humaniste reste tout de même scrutateur. Résultat on ne s'attache pas assez aux nombreux personnages, le regard est trop lointain et pour tout dire au bout de quelques pages on perd le fil, on ne sait plus qui est qui, qui pense quoi, qui fait quoi C'est dommage, il y a tout de même de beaux passages, des scènes que l'on n’oublie pas.


3.



22 juillet 2016.- Orages, chute de la température extérieure (24 °C). Quelques kilomètres de psychogéographie outdoor. Dérivé sans but, tranquillement avec une souplesse non ostentatoire. Essayé un nouvel appareil photo qui s'est révélé très bien (notamment en noir et blanc). Plus matinalement tenté de poursuivre la lecture de Planète sans visa. J'écris tenté, car le volume m'est tombé des mains. Comme il me fallait tout de même lire quelque chose, j'ai entamé une petite chose qui attendait sur ma pile de livres à lire (Janine par Olivier Hodasava).

23 juillet 2016.- Restes orageux (24 °C). Le livre d'Olivier Hodasava ne m’est pas tombé des mains. Je l'ai lu d'une traite avec une émotion qui ne ma jamais vraiment quitté. Une émotion personnelle pas forcément partageable, mais une émotion qui s'explique. Il y a bientôt 30 ans j'avais beaucoup aimé les deux disques de WC3, deux vinyles intrigants qui n'avaient presque rien à voir avec le rock d'ici. En fait, j aimais aussi beaucoup WC3 parce qu’il y avait Janine… Janine pieds nus sur la pochette ratée de leur premier disque réussi, une jeune Juliette Binoche en mieux. Janine et ses claviers qui étaient là, partout, un ciment merveilleux que ces claviers-là, Janine le Dave Greenfield du Nord , le Ray Manzarek de St Quentin (Aisne). J'aimais WC3 et puis Janine est morte, suicidée un soir… backstage. Je suis resté un peu con, j'étais un peu amoureux d’elle sans même la connaître. Olivier Hodasava l'aimait certainement lui aussi beaucoup. En tous les cas, c'est l'impression que donne son livre. Il raconte l'histoire du groupe, ces trois petits gars sauvages et cette fille un peu à côté, avec une modestie émue, sans trop en faire et avec beaucoup de factuel dans la besace. Il n'aura rencontré Janine qu'une fois, ils n'auront échangé que deux phrases, c'était lors du dernier concert de WC3, ce soir funeste où elle se sera donné la mort. On comprend mieux l'émotion qu'il peut y avoir dans ce beau petit livre qui en vaut de bien plus gros.

24 juillet 2016.- Ciel changeant (26 °C). Conditions lectorales optimales, météo parfaite et voisins absents, que demander de plus ? Les douze volumes des Mémoires de guerre de l'ami Churchill parus en France entre 1948 et 1954 étaient traduits dans l'urgence et avec les pieds. Le digest resserré sur deux gros volumes que j'entame aujourd'hui offre une nouvelle traduction qui respecte un peu plus le talent littéraire du plus illustre pensionnaire du 10 Downing Street (c'est l’œuvre de François Kersaudy, historien et traducteur qui n'officie pas avec ses pieds). Voilà un livre que je ne risque pas de lâcher. Il faut dire qu'un type qui écrit avec une perruche sur la tête, un chat sur les genoux et un chien sur les pieds n'a potentiellement rien pour me décevoir. J'ai dévoré les 150 premières pages avec un contentement penaud. Tout y est ou presque, les erreurs des vainqueurs après la Première Guerre mondiale, la sinistre ascension du saumâtre petit caporal Hitler, la nuit des longs couteaux, l'aveuglement des chancelleries européennes… Churchill se fait un peu mousser, il y a des erreurs, on s'en fiche ; c'est un raconteur hors pair (… et la traduction est très bien).

25 juillet 2016.- Soleil (30 °C).  Les Mémoires de guerre de Churchill sont bien évidemment passionnantes. Je les lis goulûment, un chapitre au soleil, un chapitre à l'ombre (j'ai deux chaises adroitement placées à ma disposition). Montée en flèche du petit caporal hystérique, crise des Sudètes, accords de Munich, Winston raconte tout cela en tirant parfois la couverture à lui, ce n'est pas bien important cette couverture ne nous gratte pas le menton, s'il est un peu immodeste il est surtout omniscient, terriblement omniscient.

26 juillet 2016.- Tiédeur tropicale, 40 % de taux d'humidité, c'est beaucoup trop (30 °C) Conditions lectorales moyennes, pas d’attentat dans mon environnement proche, mais des voisins fort bruyants et se croyants seuls au monde. Malgré cela je suis toujours plongé dans les mémoires de guerre de Churchill. Invasion de la Pologne, début de la « drôle de guerre » , j'en suis là…


To be continued.


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