vendredi 13 octobre 2017

Psychogeographie indoor (78)





« … les laquais ont l’habitude de se tenir dans une posture modeste, mais assurée, debout juste derrière la chaise des maîtres occupés à manger. Tel est l’usage. On peut y voir une forme de bon ton, ou de style. » (Robert Walser, Vie de poète)


1.

7 mai 2017.- Repos. Temps maussade, quasi-froideur (11°C). Aujourd’hui il fallait voter, c'est ce que j'ai fait avec une velléité toute relative. J’attends les résultats sans inquiétude, mais aussi sans cette petite étincelle du suspens qui crépitait jadis.
Faut-il lire la Comédie Humaine dans un conjectural ordre chronologique ou dans l'ordre où Balzac l'aura écrite ? J'ai choisi la seconde solution et d'ores et déjà j'attaque le Bal de Sceaux, une courte valse restauration qui vaut peut-être plus pour l'étude de caractère que pour l'entomologie et la dissection (d'une société, d'une époque, d'un monde).

8 mai 2017.- Repos. Des nuages, rien que des nuages (14°C). Notre nouveau président est un jeune gandin en grand manteau qui chemine sur fond de pyramides en verre. Nous voilà bien.

Sous le règne de Louis XVIII, une jeune et blanche oie farcie des préjugés de son temps décide de n'épouser qu'un Pair de France et rien qu'un Pair de France. Elle refuse ainsi de s'unir a un charmant godelureau, pourtant bien à son goût, quand elle découvre que ce dernier officie dans une sorte d'estaminet où l'on vent du calicot au kilomètre. Par dépit notre oie blanche épousera ni plus ni moins que son oncle, un septuagénaire vice-amiral qui n'en demandait pas tant. Deux ans plus tard ON apprendra que le charmant godelureau vendeur de calicot est devenu vicomte et... Pair de France. Voilà l’intrigue du Bal de Sceaux, elle est assez cruelle., un peu politique, mais pas trop… Balzac tournicote autour de l’ordre social, un bal mélange les classes, la morale est plus sage que sauve.

9 mai 2017.- Belles éclaircies (18°C). Lever 4h, c'est un peu tôt, le labeur m'en veut. Conséquence en dehors de deux trois activités domestiques rien fait de la journée , une sieste prolongée et un bref retour dans les Cahiers de Cioran : « Je lis, je lis. La lecture est ma fuite, ma lâcheté quotidienne, la justification de mon incapacité à travailler, l’excuse de tout, le voile qui couvre mes échecs et mes impossibilités ».

12 mai 2017.- Orages (18°C). Nouvelles acquisitions : Vessies et lanternes — Alain Chany, Resumons-nous — Vialatte (Chez Bouquins), Amère patrie — Sebald, L'ordre du jour — Éric Vuillard.

13 mai 2017.- Repos. Prédominance pluvieuse, une belle solleilée (21°C). Le 11 mars 1938 sous les lambris du palais de l’Élysée le sémillant Albert Lebrun paraphe un décret capital relatif à l'appellation d'origine contrôlée Juliènas, un peu plus à l'Est et un peu plus tard le 12 mars les Autrichiens s'égosillent et font des petits saluts nazis en signe de bienvenue. Le trop fameux Anschluss commence. Hitler traverse son pays de naissance en tendant à moitié le bras droit dans un geste assez efféminé que Charlie Chaplin imitera parfaitement. Dans les rues de Vienne, on force les juifs à s'agenouiller, on leur fait brouter de l'herbe… . Tous ces épisodes, et bien d'autres, sont racontés dans L’ordre du Jour un court opuscule d'Éric Vuillard que j'ai lu dans la journée (il est très bien, vous pouvez le lire).

14 mai 2017.- Ciel partiellement ensoleillé, douceur (23°C). Investiture du nouveau président de la République (qui quoi qu'on en pense est un personnage assez romanesque). Par ailleurs, commencé la lecture d’Une saison pour la peur, troisième épisode des « aventures » de Dave Robicheaux par James Lee Burke.

16 mai 2017.- Journée presque estivale, quasi-chaleur (25°C). Rien lu, je me délite.

18 mai 2017.- Tiédeur, du vent, bientôt des orages ? (27°C) Le 18 mai 1967, Emil Cioran croit fermement que s'il a pu tenir le coup jusqu’ici, c’est parce que devant chaque tristesse fondant sur lui il aura opposé une tristesse plus grande encore pour la neutraliser, l’amadouer : « pour ne pas succomber au premier abattement, je m’en suis imposé un second plus fort ». C’est la salutaire politique du pire, – salutaire pour lui en tout cas. C’est une méthode qu’il est difficile d’appliquer, mais elle est la seule pour ceux qui se voient assaillis presque journellement par des accès de découragement. « En enfer, pour m’en accommoder, je demanderais qu’on me fît passer d’un cercle dans un autre et qu’on les multiplie indéfiniment : un autre pour chaque jour, avec toutes sortes de nouvelles tortures. »
Le 18 mai 1980, Ian Curtis s'est pendu, certainement parce qu'il n'aura pas su opposer une tristesse plus grande à l'une de ses grandes déprimes passagère, c'était il y a 37 ans, presque l'âge de notre nouveau président de la République.

19 mai 2017.- Orages (17°C). Trop de labeur, fatigue (drôle d'écho avec nos nouveaux gouvernants qui ne trouvent pas le labeur si fatigant que ça). Joueur surpris d'Henri Thomas, magnifique :

Mon vélo dissimulé,
Pneus crevés, dans un fossé,
Je vais à pied sur la route
De mon enfance, coupée
Par des arbres abattus.

20 mai 2017.- Entre nuages et soleil, douceur, parfaite équanimité (18°C). Conditions lectorales acceptables malgré une scie retorse accompagnée par une perceuse parcimonieuse. Je lis Une saison pour la peur de James Lee Burke. Territoire connu (la Louisiane sa végétation luxuriante ses bayous et autres marigots), personnage connu (Dave Robicheaux ce flic revenu de tout, du Vietnam et de sa guerre, de l'alcool et de la mort voyez-vous), intrigue pleine de langueur sous les bougainvilliers (on tire sur notre héros, qui miraculeusement ne trépasse pas, convalescent il est poussé vers une nouvelle enquête, le voilà infiltré chez de dangereux trafiquants, j'en suis là…)

21 mai 2017.- Journée estivale, belle douceur (24°C). Malgré un style trop lyrique (descriptions emphatiques, « scènes de sexe » frôlant plus d'une fois le ridicule), j’aime assez James Lee Burke. Peut-être son côté bourru et pelucheux à la fois (drôle d'oxymoron flottant sur le swamp).
Par ailleurs toujours dans les poésies d'Henri Thomas, vers libres, très libres, verlainiens sans en faire trop, certainement bien plus beaux que ce que j'en dis :

Comme je pissais contre un mur
J'ai pensé que j'allais avoir
Huit ans. J'ai regardé plus haut,
C'était l'automne, il faisait beau,
Ce jour-là j'ai connu le Temps

22 mai 2017.- Soleil voilé, quasi tiédeur (26°C). Le héros de James Lee Burke, Dave Robicheaux, est toujours entre le bien et le mal, dans un entre-deux qui voudrait problématique et plein de questions métaphysiques, mais qui à la longue se révèle plus pataud qu'autre chose. Chacun à ses raisons et le rappeler avec de sursignifiants effets de manches ne me semble pas si finaud que ça. En dehors de tout ça, la Louisiane est assez à mon goût, il faudrait que j'aille y faire un petit tour un de ces jours, la digue de quarante kilomètres qui traverse le Lac Pontchartrain m'intrigue assez.
En parallèle toujours dans les beaux poèmes d'Henri Thomas. Lu quelques aphorismes de Nicolás Gómez Dávila, pas vraiment au goût du jour : « Le Progrès se réduit finalement à voler à l’homme ce qui l’ennoblit, pour pouvoir lui vendre au rabais ce qui l’avilit ».

23 mai 2017.- Ciel céruléen, chaleur (28°C). Un kamikaze à Manchester, beaucoup de morts, des enfants principalement. Mort de Roger Moore. Fini le James Lee Burke. Demain je compte entamer Les sentiments du voyageur anthologie de Pierre Girard que j'envisage de prime abord très à mon goût.


24 mai 2017.- Météo splendide, estivale (28°C).

At home he feels like a tourist
At home he feels like a tourist
He fills his head with culture
He gives himself an ulcer

Être un touriste chez soi est un plaisir que l'on ne doit pas se refuser. Vous voilà caressé par un double avantage celui de se croire très loin et en vacances (dans la vraie acceptation du terme) tout en ne vous déplaçant quasiment pas (ce qui est moins contraignant, il faut bien le dire). Ainsi aujourd’hui j'ai visité par la bande quelques-uns des plus hauts lieux touristiques de la ville de Lyon. Malin comme je suis j'ai pris quelques chemins de traverse, sentiers ignorés, traboules pour amateurs avertis, et j'ai parcouru pas loin de 15km quand le touriste moyen en parcourrait 2. Il n’y pas de quoi être fier, je connais assez bien le terrain, et j'écris ses lignes avec un peu de fatigue et les mollets tout durs (en marge des lieux très balisés de la bonne ville de Lyon, je recommande le chemin de la Visitation qui mène aux Amphithéâtres romains, je recommanderai bien d'autres lieux, mais je les garde pour moi…) 
Pendant mes pérégrinations j'ai fait un petit tour pas les bouquinistes où j'ai acquis un volume de Victor Segalen, je n'aurai donc pas vraiment perdu ma journée.



2.

25 mai 2017.- Grand beau temps, tiédeur (28°C). Serai je passé à côté d'un accident vasculaire cérébral sans m'en rendre compte ? En tous les cas, je ne sais plus écrire, articuler, penser, rien de grave en soi, mais c'est tout de même un petit problème .

Il faut certainement savoir garder pour soi quelques noms d'écrivains, ne pas les mettre en avant ou tout du moins seulement les chuchoter devant un parterre bien choisi (qui chuchotera à son tour). Ainsi, la pandémie se voit propagée discrètement et le vulgum pecus ne court pas le risque d'être contaminé au débotté. Parmi les écrivains dont il faut chuchoter le nom, il y a Pierre Girard, un Suisse romand du siècle dernier qui agit sur moi à la manière d'un discret euphorisant tout en me laissant rempli de béatitudes diverses et variées. Je viens de commencer Les Sentiments du Voyageur un recueil des chroniques qu'il donna au Journal de Genève (le volume est très bien édité et annoté par Thierry Laget) et je ne suis pas déçu (même en bien). Beaux portraits de Fargue, Larbaud, Giraudoux ou Adrienne Monnier (vous savez l'éditrice), voyages imaginaires dans les pas d'A. O. Barnabooth ; valises, gares, trains, locomotives… Voyages réels (très peu) ; Bourgogne, Dauphiné, Venise, New York… Voyages littéraires surtout, avec ce côté pinçant et léger, ce bonheur d'écrire qui ne pèse jamais et qui fait toute la différence.

26 mai 2017.- Journée ensoleillée, chaleur (30°C). Profitant du beau temps je me suis aventuré dans les extérieurs où j'ai parcouru pas de loin de 15 kilomètres à pied. Dérive un tantinet pyschogéographique qui aura trouvé son but naturellement (la recherche de l'ombre). Lu quelques graffitis sur ma route, rien lu d'autre.

28 mai 2017.- Grande tiédeur (32°C). Trop de chaleur, impossible de bouger plus que ça. Nonobstant toujours avec le plus que parfait Pierre Girard : « J'adore l’Angleterre, sans y être allé. La connaissance et l'adoration sont deux choses opposées. Ce serait beaucoup demander que d'adorer ce que l'on connaît. Il y avait dans l'adoration des Rois Mages un élément de curiosité,et, sans doute, d'imagination. “ Aime ton prochain comme toi-même ”, ce n'est pas du tout : “connais toi toi même ”. Je crois qu'il y a dans l'amour de la découverte, de la divination. Or, il n'y a que cela dans l'amour que je porte aux îles Britanniques. C'est par ses produits que j'en approche, le tabac, le whisky, le curry… Tout cela a un goût, sui generis dont j'ai parfaite connaissance, car je fume des cigarettes Capstan depuis ma tendre enfance. Il y a, dans toutes les choses anglaises, comme dans le bois de santal, ou la laque, un “revenez-y”, sinon tout à fait de Sumatra, du moins de la Tamise. J'imagine que les mouchoirs de la reine Victoria en étaient imprégnés, et qu'on retrouve ce parfum dans les gares et églises. Galsworthy parle, quelque part, de cette substance que ceux qui ont étudié à Oxford semblent avoir respirée et pour toujours, et gardée dans les cavités de l'arrière-nez, ce qui leur donne, pour toujours, un air de délectation. »
Demain départ pour Cannes.

29 mai 2017.- Ciel bleu klein, brise marine (24°C). A Cannes le festival du film est fini depuis hier, les magnums de mousseux gisent sur les trottoirs tièdes . On démonte les estrades avec un entrain industrieux, les vedettes sont déjà loin, mais, immuables, les marches du palais enveloppées dans leur petit manteau rouge sont encore là. Rien lu.

5 juin 2017.- Beau temps (23°C). Retour de la Cote d'Azur où après avoir longé les restes vaporeux du festival du film j'ai parcouru plus 100 km à pied, zigzaguant au grès du hasard entre diverses localités de bord de mer. À Antibes je suis monté au fort carré, les abords un brin sauvages ont tout pour rebuter le touriste, mais le site offre une belle vue sur Nice et sa baie. Plus bas le port passé (le plus grand port de plaisance d’Europe) la vieille ville est toujours très bien, les remparts et la place Audiberti toujours là (le musée Picasso est assez moyen, peu d’œuvres de l'antipathique barbouilleur hispanique, deux beaux tableaux de Nicolas de Stael je ne recommande pas la visite des toilettes qui sont très sales et ont tout de l'art conceptuel). À La Napoule le château réinventé par Henry Clews est magnifique, jardin sensationnel, tours stoïques et gargouilles peaufinées, c'est l’œuvre d'une vie ( de surcroît les toilettes sont très propres). Après cette visite et quelques kilomètres sur les sentiers du massif de l’Estérel je suis monté au sommet du San Peyre, ce monticule volcanique autour duquel Oscar Wilde et Maupassant n'auront fait que tourner. Pour en revenir aux Jardins, je recommande ceux de la Villa Rothschild, à Cannes, qui sont très bien entretenus tout en étant tout à fait gratuits (ce qui n'est pas le cas des jardins de la villa Rotschild, à Saint-Jean-Cap-Ferrat qui sont eux tout à fait payants). Je ne vais pas vous embêter plus que ça, mais sachez que je suis aussi retourné aux îles du Lérins et que j'en ai refait le tour avec un contentement bucolique tout juste dérangé par quelques lointains scooters de mer superfétatoires.
Par ailleurs toujours dans les petits papiers de Pierre Girard, qui sont délicieux : « La petite porte sous les ifs, a pris, depuis quelques jours un air mystérieux. Il semble qu'elle garde un secret. Mais nous ne serons jamais lequel. Tant mieux. Nous arrivons à l'âge où nous préférons le doute, où il nous paraît meilleur d'être témoin que juge. La jeunesse n'aime pas le clair-obscur, et s’impatiente de la patience des Messieurs d'un certain âge. Ert puis vient le temps où les choses semblent bonnes parce qu'elles existent. L'âge qui vous enlève beaucoup de plaisirs vous en apporte de petits, en compensation. On fait meilleur ménage avec la pensée de la mort, et cependant on goûte mieux le vieux vin ; le jeune rayon du soleil, et Montaigne, qui, lui, “toujours savait douter ” ».

6 juin 2017.- Fortes pluies matinales, après midi oscillant entre nuages et soleil, un peu trop de vent (21°C). Jean Follain et Henri Thomas, du second ce court poème qui me semble très réussi :

Adieu j'ai dit au vent de mer
Qui lève les cheveux des filles
D'une épaule de bronze clair
Et dérobe les yeux qui brillent.
Rien que le vent, qui déménage
Les nuages, les gros nuages

8 juin 2017.- Grand soleil ! (28°C). Ouvrant les Sentiments du voyageur de Pierre Girard je tombe sur ces lignes qui forment un drôle d'écho avec mes valétudinaires pérégrinations de la semaine dernière : « Le soleil rose qui se lève derrière l'île de Saint-Honorat, les rides sur la mer, la cloche d'une bouée, un voilier à l'horizon. Tournons la page. » Rien d'autre.

9 juin 2017.- Pluie matinale puis un ciel tirant de plus en plus sur l'azur (28°C). Excepté une pincée d'Henri Thomas, quasiment rien lu aujourd'hui. Taillé mes arbustes, arrosé mes plantes et fleurs, fait une sieste prolongée sur ma chaise de jardin. À mon réveil une coccinelle vorace faisait des siennes en plein soleil.

10 juin 2017.- Beau temps estival, tiédeur en amorce (29°C). J'écris ces lignes rabougries dans une quiétude toute relative tant le voisinage est bruyant et semble évoluer en faisant fi de tout ce qui l'entoure (en l’occurrence moi-même, entité silencieuse discrète et fluctuante). C'est certainement l'un des grands progrès du « vivre ensemble » : aujourd'hui on existe en plein air en ne gardant plus rien pour soi, on dissémine ses opinions, son essence la plus intime à tous les vents, le champ du privé c'est tellement rétréci que le voilà rendu à ce qu'il était au moyen-âge : un point focal infinitésimal.
Heureux Pierre Girard qui n'aura pas connu ce retour en arrière vertigineux offert par les temps qui nous occupent. Dans les Sentiments du voyageur, que je viens de finir, il est déjà « vieux jeu », poète et un peu jobard. Pour lui « progrès » ou le « social » ne veulent pas tout dire, il leur oppose le Silence ou l'Arc en ciel, se fiche bien que l'on motorise les habitants de Cleveland tant qu'on laisse Venise en paix (la pauvre s'il savait !). Son livre — ce spicilège parfaitement peaufiné par les éditions Fario — est très bien. Rossini est un gros sybarite gourmand qui en dehors de ses opéras cuisine des tournedos et des macaronis, les chats gambadent dans la neige, les chevreuils sont tristes et les militaires mélancoliques. On en redemande.


3.

12 juin 2017.- Labeur, chaleur, rien d'autre.

13 juin 2017.- Soleil voilé, tiédeur (32°C). Mon travail n'a rien de bien reluisant, je soulève des choses manufacturées (téléviseurs, laves linges, sèches cheveux, ventilateurs, ordinateurs de toutes tailles, veaux, vaches, cochons…) et mes employeurs me regardent de biais avec cette pointe de mépris qu'on toujours ceux qui ne font rien d'autre que d'encaisser les dividendes d'un travail qu'ils non pas effectué. Résultat je suis maussade et fatigué, allez lire dans de telles dispositions !

15 juin 2017.- Moiteur mékongaise (32°C). Butiné chez Follain et Thomas. Malgré une lassitude quasiment palpable, je pense m'aventurer dans le Shah de Ryszard Kapuściński.

16 juin 2017.- Ciel dégagé, du vent, un peu de fraîcheur (27°C). Je suis poli, discret, j'essaye de faire le moins de bruit possible. Résultat on me regarde de biais, je suis louche, inquiétant, bref je suis suspect…

Tous mes vieux voisins sont morts, ils ont été remplacés par des types tatoués qui se déplacent dans des véhicules 4x4 tout en laissant s'échapper moult tintamarres autotunés. Les temps sont ainsi, il faut faire avec.

17 juin 2017.- Ciel bleu, tiédeur heureusement amoindrie par un vent nordiste soufflant en rafales (28°C). « Le seul jouet de mon enfance, c'étaient des pierres que je tirais derrière moi : une pierre avec une ficelle. J'étais le cheval, et le caillou, le carrosse doré du Shah ».

Je suis plongé dans le Shah de Ryzard Kapuściński, c'est une merveille. Kapuściński bois des whiskys en catimini - la prohibition imposée par Khomeini est là - puis il se souvient des temps où le tchador n'était pas en vogue, de la Savak et des méthodes pour le moins brutales (on vous enlevait pour oui pour un non, on vous emmenait dans une salle des supplices, on vous brisait les os, arrachait les ongles, sciait le crâne…), de Mossadegh et de la manne pétrolière, de divers coups d’État plus ou moins bien échafaudés par la CIA, de ce Shah un peu mégalomane qui se voyait plus beau qu'il n'était (tout en ne voyant rien de son royaume).

18 juin 2017.- Journée estivale, chaleur (30°C). Aujourd'hui élections législatives, tout le monde s'en fiche. L'un de mes voisins à trouvé judicieux de déposer l'une de ses poubelles devant mes fenêtres, résultat avec la chaleur une odeur de cadavre en décomposition commence à fluctuer dans mon petit intérieur. Certainement l'un des grands avantages du « vivre ensemble »?
Certains dénoncent le côté bidonneur de Kapuściński, « ses petits secrets, ses petites ruses, ses petits trucages » n'auraient rien de vraiment moral (et détruiraient à la base toute la confiance que l'on pourrait accorder à ses reportages). Dans le Shah il y a cette longue digression où il donne la parole à un certain Mahmud, elle ne « sonne » pas réel, on sent poindre les pattes de la fiction, ce n'est pas un problème, la justesse est parfois loin du réel : « L'ayatollah Saidi est mort sur la “poêle à frire”. Peu de temps après, l'ayatollah Azarshari fut plongé par la Savak dans l'huile bouillante. L'ayatollah Taleghani est sorti de prison, mais il ne lui restait plus longtemps à vivre à cause du traitement qui lui avait été infligé ; il n'avait plus de paupières. Les agents de la Savak avaient violé sa fille en sa présence et l'ayatollah avait fermé les yeux pour ne pas voir, ils lui brulèrent les paupières avec des cigarettes afin de l'obliger à regarder… »

20 juin 2017.- Température caniculaire (35°C). L'envie n'est pas là. Avouons-le (17:48).

22 juin 2017.- 38°C. Je suis dubitatif.

23 juin 2017.- 38°C. Gonalgie, lombalgie. Un peu de phobie sociale. Je n'y suis pas.

24 juin 2017.- Baisse des températures. De l'air, cela ne se refuse pas (30°C). Le Shah de Kapuściński est moins bien que son Négus. Peut-être est-il finalement trop journalistique, pas assez bidonné et manquant d’anecdotes croquignolettes. La révolution iranienne est certainement passionnante, mais elle manque assurément de ressort comique. Les mollahs sautillent assez peu, quant à Mohammad Reza Chah Pahlavi derrière ses airs civilisés, et sa très belle femme, se cache un assez sinistre personnage, il faut bien le dire.
Profitant d'un filet d'air frais j’enchaîne en retournant dans le Journal de Maurice Garçon (que j'avais laissé choir il y a quelques mois ). Au bout de trois pages, je suis à nouveau ravi par cette somme diaristique qui ne raconte pourtant rien de vraiment ravissant. (Des exécutions, la reddition italienne, la Royal Air Force dans le ciel de Paris…)

25 juin 2017.- Brise légère, ciel IKB (29°C). Apathique et sans la moindre envie. Poursuivi la lecture du Journal de Maurice Garçon. Il évoque le « traitement électrique » de Fernand Fleuret (qui irai mieux), la déchéance de Tristan Bernard (qui ne parle plus que par quatrains). Ces deux-là ne sont pas rien…

26 juin 2017.- Nuages, trois averses, un peu de fraîcheur (25°C). Vaguement survolé Pour en finir avec les chiffres ronds, spicilège de chroniques où Enrique Vila-Matas célèbre ses écrivains favoris avec un entrain qui se voudrait énamouré. Je n'ai pas été convaincu par les deux notules que j'ai lu (Walser et Ramón Gómez de la Serna).
Nouvelles acquisitions : Malaparte - Chers Italiens, Henri Thomas - La chasse aux trésors, Jean Cassou - De l’Étoile au Jardin des Plantes…

27 juin 2017.- Moiteur, on annonce des orages (33°C). Le spicilège de Vila-Matas est conceptuel-malin avec des chiffres pour échafauder le toutim. Walser est un zéro (voulu), Jünger est mort à 101 ans parce qu'il fuyait l'idée de mourir à 100 ans, Ramón est né à sept heures vingt minutes parce que c'est une heure étrange pour naître. Si vous voyez le genre…

29 juin 2017.- Nuages et fraicheur (21°C). Gonalgie tenace, maussade voire plus. Ouvrant les Cahiers de Cioran je tombe sur ces quelques lignes : « Accès de mélancolie dont le Diable même serait jaloux.
On pense au début du cafard ; mais on ne peut plus penser lorsqu’il atteint à une intensité anormale. (autrement : Passé un certain degré de cafard, on ne peut plus penser). Le grand cafard éteint l’esprit.»
Pas mieux…

30 juin 2017.- Pluie, fraîcheur. En l'espace de quelques jours, nous aurons perdu pas loin de vingt degrés. Cette météorologie en montagnes russes commence à poser problème (19°C). Grosse fatigue, exaspération globale, rien pour moi.
Maurice Garçon, Journal. 1944 est là. À Paris on constate une replète recrudescence de la délinquance nocturne. Les rues sont si sombres, la police si clairsemée, que les malfrats de tout poil s'en donnent à cœur joie. On dépouille les femmes, on leur vole leur manteau de fourrure, parfois leur robe. Il arrive même que certaines « dépouillées » soient laissées à demi nue, en pleine rue, comme ça. Simultanément les avions de la RAF survolent Paris, les canons antiaériens tonnent, au loin, aux lisières de l'horizon, on entend l’écrasement sourd et prolongé des bombes. Pour un peu on oublierait presque les Allemands.




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lundi 25 septembre 2017

Remake / Remodel N°33



« Fargue m’avait donné une photographie manquée, sur laquelle deux vues différentes se mêlaient. Levet debout au bord d’un trottoir, à Paris ; et Levet assis sur le plancher de la chambre de sa mère, la tête appuyée sur l’épaule de sa mère assise, et la regardant (la position dans laquelle il est mort). J’avais noté la ressemblance de la mère et du fils.» (Valery Larbaud, Journal).

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vendredi 15 septembre 2017

Chambre verte - Grant Hart




Au début on était sans doute un groupe punk, et maintenant on joue plutôt bien...

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mardi 22 août 2017

Psychogeographie indoor (77)




« Il y a des heures, il y a des jours, il y a peut-être un âge, où les gouttes de pluie glissant sur les vitres, et leur petit bruit sont plus intéressants pour l'homme couché que les lignes du livre gisant là. Elles le mènent plus loin – il ne sait où – elles l'arrêtent, il ne sait, et voudrait vainement savoir – en quel domaine universel. » (Henri Thomas, La joie de cette vie).


1.

21 mars 2017.- Congés. Temps maussade, douceur inutile (16°). Conditions lectorales déplorables. Une tondeuse à gauche, une bétonnière à droite.
Charlie Parker incendiaire de lui-même, Art Pepper junkie définitif, des lactescents qui virent West-coast, une lesbienne de 150 kg et deux petits juifs débutants (Big Mama Thorton, Leiber et Stoller), des gringalets qui se vengent des sportifs et des brutes (Phil Spector, Kim Fowley, Brian Wilson), le corps de Sam Cooke étendu dans les couloirs d'un motel sordide, ces noirs que l'industrie discographique oubliera, la british invasion et les Byrds ces « Dylan beatlesisés », la Californie du Sud ce paradis aryen  et ses hymnes surf, Waiting for the sun est un bouquin formidable. Est-il utile de le préciser ?

22 mars 2017.- Nuages, une éclaircie entre 14h00 et 15h00 (13°C). David Hockney et la « candeur ardente », les symphonies adolescentes de Phil Spector et Brian Wilson, le festival de Monterrey, les fleurs fanées du summer of love, les descentes d'acide, la mort qui rôde, Charles Manson aussi… Comme je l'ânonnais hier Waiting for the sun est un bouquin passionnant. Étant plus fainéant qu'un redneck assoupi dans son vieux rocking-chair je n'en dirai pas plus.

23 mars 2017.- Orages (13°C). Waiting for the sun : « Cass, accueillie par les freaks de l'Amérique pop comme leur Mère Nourricière, fit l'acquisition d'une Porsche dans laquelle elle ne pouvait même pas rentrer…». Le 10050 cielo drive et le parking d’ Altamont, fin du « rêve flower power ». Le sunset strip et sa troupe de musiciens brinquebalants atterrit dans les collines et canyons entourant L.A. Seul Neil Young semble regarder Charles Manson dans les yeux. Gram Parsons meurt tout bleu dans un motel miteux, les Eagles s’envolent, le musical Valium domine.

Lire les chroniques d'Auberon Waugh, fils de qui vous savez.

24 mars 2017.- Averses (12°C). Dans Waiting for the Sun Barney Hoskyns explique très bien comment la cocaïne aura façonné le son du rock californien au milieu des années 70. Indifférence palpable, stérilité clinique et une grande mollesse paradoxale quand on sait qu'elle est en bonne partie engendrée par le plus puissant des stimulants connus par l'homme. Les types, et les filles, de Laurel Canyon vivent dans leurs bulles d’ego avec le nez perpétuellement encombré et seuls les très malins, et très bons, Steely Dan semblent conscient du « problème » (et l'attaquent de l'intérieur). Le retour de manivelle sera underground et ne touchera presque pas ce petit monde-là (les Fleetwood Mac se fichent bien du hardcore, de Black Flag et du punk de plage, ils ont bien autre chose à faire, se tirer les cheveux conjugalement par exemple…)

25 mars 2017.- Ciel désespérément gris (13°C). Une semaine de congé et je n'en ai rien fait. Seuls les quelques livres qui tournicotent autour de moi m'incitent à un tout relatif sautillement.
Pour Barney Hoskyns à partir de la fracture des années 1980 Los Angeles n'est plus qu'une ville un brin méphistophélique où la paranoïa et la violence rôdent un peu partout. Les scènes musicales se succèdent – punk hardcore, rock FM, heavy metal, rap et tout ce que vous voulez –, mais tout semble pourri à la base par une gangue pour le moins malsaine. Ce n'est pas nouveau, le Hollywood « historique » n'avait déjà pas si réjouissant que ça (Cf les petites histoires sybarites de Kenneth Anger) et ont pourrait presque affirmer sans crainte que la période 1958-1969 aura été quelque chose comme une  « parenthèse enchantée » (c'est moi qui souligne). Pour le reste, voilà un livre qu'il faut lire.
Des cercueils miniatures envoyés au grand malheur la malchance, des meurtres plus horribles les uns que les autres, un coupable que tout le monde connaît, mais que personne ne saisit par le colback. J’enchaîne avec Cercueils sur mesure une longue nouvelle où Truman Capote reprend peu ou prou la méthode un brin documentaire utilisée pour In Cold Blood . De l'horrible, du cynisme et de la décontraction. Capote est parfois très bien

Acquis, pour une somme assez modique, Ma route de Provence de Raymond Dumay. Ayant lu les autres routes de l'oiseau je n'envisage que du bon.

26 mars 2017.- Temps splendide, appétence printanière (17°C). Conditions lectorales poussives, voire déplorables. Cet après-midi le voisinage était trop bruyant, j'ai dû subir le caquetage incessant de deux voisines plus proche de la poule étêtée que de la Marquise de Sévigné. Je ne comprendrai jamais ce besoin qui pousse une grande partie de l'humanité à vouloir discuter à tout bout de champ et à tout sujet, tout cela est si fatigant ! Malgré les dialogues, plus ou moins sourd et n’incitant en rien la concentration nécessaire à tout lecteur qui se respecte, qui montaient autour de mon moi cérébral je suis tout de même parvenu a finir la lecture de la petite chose de Truman Capote entamée hier (fort heureusement rien de vraiment intellectuel, sans quoi). Capote y discutaillai lui aussi, mais il était plus proche de la pie voleuse que de tout autre volatil et je ne lui en ai pas trop voulu de dialoguer avec un agent du FBI ou avec un multi meurtrier supposé, cela m'a changé des aspirateurs sans sacs, de François Fillon ou d'Emmanuel Macron (deux candidats aux futures élections présidentielles, qui viennent là bientôt). Pour ma lecture suivante, l'hésitation aura été un peu longue, je dois avoir plus de cent volumes en attente, et j'ai finalement choisi Sur les bords de l'Issa de Czeslaw Milosz. C'est un roman qui me fait de l’œil depuis pas loin d'un an et j'espère qu'il me décevra moins que le voisinage et pas plus que la météo.


2.

27 mars 2017.- Météo parfaite, ciel sans nuage, douceur madérienne. Que demander de plus ? (20°C). Enlacé par un soleil amical, bercé par un vent légèrement basculatoire, je me suis assoupi sur ma chaise de lecture et je dois concéder que même le volume censé m'occuper n'aura presque rien fait pour m'en dissuader Trop de tirets anbiduleurs, trop de jeu avec le lecteur, un traducteur plus malin qu'il ne faudrait, allez lire La vie et les opinions de Tristram Shandy sans tomber dans les bras de Morphée ! Le soleil descendant, mon assoupissement passé je suis retourné dans le Journal de l'ami Beyle. Je le lis par petites bouchées gourmandes et il n'est jamais parvenu à m'endormir tout à fait. Cela doit être un bon signe.

28 mars 2017.- Soleil, soleil ! (21°C). Mes mornes activités salariales derrière moi passé l'essentiel de la journée à ne rien faire. L'inactivité est définitivement ce que je préfère en ce bas monde, elle concorde parfaitement à ma nature profonde et je n'ai aucunement l'envie de me trahir moi-même en poussant le chaland plus que ça.
En dehors de deux trois peccadilles dont je ne piperais pas le nom, rien lu ou presque.

30 mars 2017.- Ciel cobalt, température quasi estivale (23°C). Sieste prolongée puis un chapitre de la Vie et les opinions de Tristram Shandy (rien à en dire, je survole ce fameux texte de très haut et pour l'instant c'est un flou persistant qui domine). Depuis quelques jours j'observe dans mon « étrange lucarne » la campagne électorale pour les élections présidentielles. Rien de vraiment capricant et il me faut donc pour sautiller ne serait ce qu'un petit peu me raccrocher à deux trois ressorts burlesques. Pas plus tard qu'hier j'ai par exemple pu constater que le body language du candidat socialiste avait quelque chose des plus belles heures de Ralf Hütter, Florian Schneider et Karl Bartos. C'est déjà ça.

1 avril 2017.- Averses, not in the mood (13°C). Des gens qui soufflent dans le derrière des bestioles avec une paille, qui boivent tellement que l'eau de vie prend feu en eux et qu'il faut alors que la juive du bourg s'accroupisse et leur pisse dans la gueule. Sur les bords de L'Issa est pour l'instant assez loin de ce que j’imaginais. Disons qu'il y a plus de croquignolet que de panthéisme : « Peut-être les diables se sont-ils plu sur les bords de l'Issa à cause de son eau ? On dit que ses propriétés influent sur le tempérament des gens qui naissent là. Ils sont enclins à se comporter de manière excentrique, ils ont rarement l'âme en paix, et leurs yeux bleus, leurs cheveux clairs et leur carrure plutôt lourde ne sont qu'une apparence trompeuse de santé nordique »

2 avril 2017.- Pluie légère (13°C). Rien…

3 avril 2017.- Belles éclaircies (19°C). Miłosz et les bords de l'Issa. Nature et bestioles, panthéisme et nostalgie. Nous y voilà.
Rien (ou presque) : Le discernement doit être vu comme un ceinturon bien ajusté sans lequel nous serions plus d'une fois cul à l'air et pantalon sur les chevilles.

4 avril 2017.- Beau temps, tardivement quelques nuages mafflus (19°C). Stendhal (diary), Cioran (Cahiers). L'ami Beyle voyageant de Florence à Bologne trouve que les Apennins n'ont rien de grandiose. Arrivé à Bologne il constate que la ville est entourée d'un tas de petits mamelons quasis croquignolets. Quant à Cioran, sachez qu'il se noie simplement dans l'échec avec un peu d'amertume au coin des entrailles.

6 avril 2017.- Du soleil, trop de vent (15°C). Je me suis longtemps méfié de Roland Topor, je ne voyais en lui qu'un surréaliste tardif un peu à la remorque. Évidemment, je me fourvoyais, plus je vieilli plus je l'aime et pour tout dire à présent je le trouve plus drôle – et parfois émouvant – qu'un congrès de naturopathes en goguette. Tenez, aujourd'hui j'ai lu une grande partie de sa Cuisine cannibale. C'est un spicilège mignonnet où sont énumérées les différentes façons de cuisiner l'homme (ce pékin moyen qui mérite d'être croqué comme les autres bestioles). L'homme gros sel, le myope au gratin, le bébé à la brisac, le con à l'étouffée, la farce d'homme normale. Autant de recettes franchement appétissantes. Ne boudons pas notre plaisir : « Le myope ressemble au presbyte, seulement il a les yeux plus grands et une raie au milieu. Ses lunettes doivent être enlevées afin qu’il tombe dans le gratin. Il se prépare comme le cabillaud. »

7 avril 2017.- Ciel splendide, température idéale (21°C). Tout cabotait chouettement vers une quiétude quasi palpable, la météo idéale je lisais la Cuisine cannibale de l'ami Topor en position semi-allongé sur l'une de mes chaises d'extérieur quand soudain, alors que rien ne le laissait prévoir, voilà que le drame pointa son sale museau pommadé ! Voyez vous que ma voisine (vous savez la bricoleuse) prit l'idée pour le moins sybarite d'activer une « enceinte sans fil » au beau milieu de notre jardin plus mitoyen que commun ! Ces bidules technologiques sans fil étant l'un des pires fléaux des temps qui nous occupent - de surcroît lorsqu'ils diffusent un immonde brouet musical plus proche du Zouk endimanché que de Jean Sébastien Bach - imaginez mon désarroi !
Dans sa Cuisine cannibale, l'ami Topor, qui s'y connaissait en désarroi, mais qui riait toujours très fort, ne nous explique malheureusement pas comment cuisiner cette bestiole nuisible qu'est le voisin, je vais tenter de le faire pour lui. Prenez un voisin (ou une voisine, je ne suis pas misogyne), de bonne constitution, pas trop gras, mais tout de même un peu. Écorchez-le tranquillement en commençant par le bas des gambettes, séparez la tête de la colonne vertébrale, brisez méthodiquement les os et articulations, puis découpez votre voisin en petits morceaux. Salez, poivrez et badigeonnez vos morceaux avec de la moutarde forte puis faites revenir le tout dans un un peu d'huile à feu moyen. Rajoutez quelques garnitures aromatiques (échalote, oignon, persil) et le tour est joué ! Bon appétit !
P.-S. Les plus épicuriens d'entre vous pourront déguster leur voisin en l’accompagnant d'un petit Givry de dessous les fagots, l'« accord » est parfait.

8 avril 2017.- Journée estivale (22°C). Décidément, les technologies sans fil m'en veulent beaucoup ! Hier c'était les enceintes et le Zouk endimanché de ma voisine, aujourd’hui ce fut ni plus ni moins qu'un drone ! J'étais sur les bords de l'Issa avec Czeslaw Milosz et soudain plus un oiseau pour accompagner ma lecture de son chant, non à la place un sinistre bourdonnement ayant tout de la ruche en furie et une caméra pour le moins inquisitrice me scrutant de son orbe glacé… Pour en revenir tant bien que mal à la lecture, il faut savoir que les bords de l'Issa de Milosz sont très peu encombrés par les affres de la modernité, cela n'a rien pour me décevoir. Il y est davantage question de technique que de technologie : comment noyer une portée de chiots, comment tuer un vieux chien qui vous regarde en remuant la queue, comment chasser les vipères avec un simple bâton de bois… Toutes ces choses-là sont certes un peu rudasses sur les bords, mais elles ont l'immense mérite de buter frontalement sur des questions diablement humaines (et la mort dans tout ça?), ce qui n'est pas le cas du numérique, ce saumâtre machin binaire sans conscience.
Je vous laisse, ma voisine vient d' « activer le Bluetooth » de son boîtier diabolique et une problématique mélopée saccadée monte dans les airs.

9 avril 2017.- Journée hors de saison, trop estivale pour ne pas distiller un soupçon d'inquiétude (26°C). Tout semblait frôler les apanages du parfait : un bon livre, un beau ciel bleu et une belle chaise de jardin, et pourtant rien ne fut vraiment parfait… Tout d'abord, le bon livre n'était pas si bon que ça (la ruralité polono-lettonne des bords de l'Issa m'ennuie à petit feu), ensuite le soleil bagarrait si fort qu'au bout d'une cinquantaine de pages je me suis retrouvé avec des teintes plus proches de l'écrevisse embarrassée que du lapin albinos, quant à ma chaise si elle était tout juste confortable elle ne m'a pas fait oublier les conditions lectorales encore pour le moins problématiques. J'ai du me battre à mains nues contre une guêpe pendant une grande partie de l'après-midi, de surcroît l'un de mes trop nombreux voisins, celui qui a engendré un mouflet il y a peu, aura passé l'essentiel de sa journée à babiller et à faire tourner sa progéniture dans une sorte de tourniquet en plastique vert et orange qui grinçait plus qu'une petite troupe de nonagénaires arthritiques. Les voisins, mouflets, tourniquets en plastique et autres bestioles butineuses devraient être interdits, en tous les cas ils n'incitent pas à la lecture.

10 avril 2017.- Labeur. Les nuages arrivent, les nuages sont là ! (24°C) Un an de plus. Lombalgie. Rien lu.

11 avril 2017.- Belles soleillées (17°C). Stendhal’s diary.

Rien (ou presque) :
Vous pouvez voir ce substrat
Il est tombé et change nos mots
les dépares, nous fragilise.

13 avril 2017.- Goût estival (20°C). Je chemine péniblement sur les bords de l'Issa et je dois avouer avoir de moins en moins de points de contact avec ce texte qui se dérobe sans cesse à mon intérêt. Pour un peu je laisserai même choir sans insister plus que ça. Je ne le ferai pas, car j'ai toujours beaucoup de réticence à abandonner une lecture en court de route (et puis après tout lire dans un petit halo d'ennui c'est toujours lire, n'est ce pas ? )

14 avril 2017.- Sunny day, rare clouds (20°C). Thomas le héros de Milosz, tue des bécassines, des coqs de bruyères, sa grand-mère meurt… On se fiche un peu de tout ça, on saute une ligne, des paragraphes, des pages, des chapitres entiers, on s'ennuie.

15 avril 2017.- Soleil voilé, vent et fraîcheur (15°C). Bâclé la fin de Bords de l'Issa, néanmoins j'ai pu saisir, ça et là, quelques beaux passages panthéistes, c'est le meilleur de ce roman qui m'aura globalement assommé. Dans la foulée je commence le nouvel opus de Michael Connelly, rien de vraiment assommant, rien de hautement littéraire non plus, mais toujours cette précision et ce savoir-faire que l'on ne présente plus. (Harry Bosch à la retraite Connelly ne sait visiblement pas quoi faire de son personnage alors il lui invente un futur d’enquêteur qui ne travaille plus pour l'accusation, mais pour la défense, nous verrons bien ce que cela donnera).

16 avril 2017.- Quelques belles éclaircies (15°C). Je fais le tour des restaurants de LA avec Harry Bosch. Musso & Frank m'a tout l'air d'être le plus appétissant (le Traxx d'Union Station me semble pas mal non plus). Par ailleurs, jardinage : taillé mes haies, rempoté deux trois choses, le train-train du micro jardinier hâbleur.

17 avril 2017.- Nuages. Maussade, not in the mood (16°C). Le bouquin de Connelly est un bon page turner qui devient encore plus distrayant lorsque l'on prend l'idée, pas si idiote que ça, de le lire en s'accompagnant de l'application Google Maps. Aujourd’hui en bon touriste virtuel j'ai donc visité sans risque le Hollywood Forever Cemetery (ce cimetière où les restes de quelques stars dorment sous de petites plaques de marbre), puis j'ai arpenté le Santa Monica Boulevard de long en large (les Studios RKO et Paramount avec leur château d'eau sont justes en dessous), j'ai fini la journée dans les boutiques de luxe de Sunset Plaza (sur Sunset Boulevard)… Voilà pour le tourisme.
Moins virtuellement, mais dans une optique toujours un tantinet touristique, préparé la plus petite de mes valises. Demain départ pour la Côte d'Azur et Menton ( cet Hospice en plein air). Fâcheusement on annonce une météo hasardeuse, ce qui s'agissant de Menton relève du pur et simple manque de chance, il faut bien le dire…

23 avril 2017.- Congés. Ciel IKB, température agréable, que demander de plus ? (19°C). Retour de la Côte d'Azur et de Menton où j'ai passé l'essentiel de ma semaine. Est-il utile de préciser que la météo y était au beau fixe ? Menton mérite mieux que ça réputation, il y a certes un peu partout des chiens de petit calibre qui traînent des barbons et barbones aux lisières du trépas, mais il n'y a pas que ça. Il y a de beaux jardins botaniques – je les ai presque tous arpentés d'un pas capricant – une belle vieille ville qui en dehors d'une rue piétonne trop achalandée résiste encore un peu au flux touristique, de beaux palaces surannés et surtout un cimetière marin d'une beauté quasi létale. J'ai visité tout cela en marchant beaucoup et en ne m'en faisant pas trop. Juste à côté de Menton Roquebrune et son Cap Martin ne sont pas mal non plus. On peut faire le tour du Cap en empruntant un sentier très praticable qui longe une côte joliment déchirée. Le panorama est parfois splendide, homérien qui vire au problématique lointain quand apparaît la principauté russo-méditerranéenne de Monaco. Seuls les joggers et quelques hurluberlus connectés sur leurs outils de torture musicale sans fil ont l’outrecuidante d’agacé le quasi-randonneur.
Par ailleurs fini le nouveau dernier Bosch de Michael Connelly, toujours distrayant et presque touristique (s'agissant de L.A).
En dehors du balnéaire et des livres aujourd'hui Élection présidentielle, voté sans enthousiasme (je pense que l'on ne m'y reprendra plus).

24 avril 2017.- Beau temps chaud, teintes estivales (23°C). Impossible de lire quoique ce soi en extérieur, trop de bruits parasites, des éclats de voix tout à fait hispaniques, de la Makina (sous-genre musical de la techno hardcore ayant émergé en Espagne au début des années 1990) sur une enceinte sans fil surpuissante, le franquisme était mieux.

27 avril 2017.- Météo exécrable, humeur à l'unisson (10°C). Trop de labeur, fatigue, impossible de lever les bras, de lire, d'écrire, de vivre… presque.



3.

28 avril 2017.- Temps toujours maussade, froid et sans soleil (11°C). Le 27 septembre 1811 Stendhal est à Florence. Les yeux et les jambes fatigués par les voyages il s'ennuie un peu, se promène tout de même, va à l'Opéra tourne autour de la tombe de Machiavel et de Galilée, s'extasie sur la douceur des vers de Virgile. En somme le train-train de l'ami Beyle.

29 avril 2017.- Journée enfin conforme avec la saison censée nous occuper (18°C) Conditions lectorales presque idéales, en dehors d'un déménagement lointain peu de bruits parasites, le voisinage n'était pas vraiment là, il doit être en villégiature dans des contrées que j'imagine semi-lointaines. Largement entamé Ma Route de Provence de Raymond Dumay. Je ne suis pas déçu, il faut dire que je suis en terrain conquis, que j'ai déjà arpenté avec bonheur deux autres routes en la compagnie de Dumay (Bourgogne et Aquitaine) et qu'il n'y a aucune raison pour que sa route de Provence ne soit pas du même tonneau. Toujours juché sur Pégazou, cette moto Terrot dotée d'une forte personnalité, Dumay entre en Avignon. La ville est remplie de belles filles, de jeunes gens lustrés qui tremblent pour leurs plis de pantalon, d'opulents directeurs sportifs qui « font terrasse » et parlent hygiène tout en buvant moult pastis. Plus loin deux amoureux s'embrassent en paix Rue des Trois Colombes, une fillette pleure Impasse du Lapin-Blanc. Il y a des rossignols qui chantent et l'on se souvient si peu des papes que l'on semble presque oublier leur passage dans la cité.
Après avoir évoqué une belle kyrielle d'écrivains plus provençaux que mon coude gauche (Daudet, Mistral, Pétrarque exilé) Dumay grimpe sur Pégazou et s'envole au-dessus du bitume, il atterri à L'Isle-sur-la-Sorgue cette Venise Provençale où l'Adriatique aurait été remplacée par les champs de melon et de carottes. On évoque René Char, raide surréaliste de terroir, on rencontre M.Jouve habile boulanger et grand écrivain inconnu, on retrouve Pétrarque, Mistral… La route est encore longue.

30 avril 2017.- Du vent, trop de vent (17°C). Yesterday evening social life, drunk a little too much. Ce matin encore un peu ivre, poursuivi la Route de Provence de Dumay, zigzagué entre les vignes et voltigé au-dessus des écrivains de tout poil (c'est le très bon livre d'un désuet charmant). Cet après-midi jardinage, rempoté quelques fleurs, taillé un bout de haie, le tout sans trop m'en faire.

1 mai 2017.- Quelques belles éclaircies puis de gros nuages anthracite, l'orage ne saurait tarder (15°C). Toujours sur l'épaule de Raymond Dumay avec un bonheur égale. Il faut dire que sa Provence pleine d'écrivains plus fameux les uns que les autres n'a rien pour décevoir. Parmi ceux-ci Vauvenargues n'est pas le dernier à sautiller, il est un peu chétif, trop vite trépassé, mais ses belles pensées sont encore là. Dumay pense qu'il écrit un « français pur » et il n'a pas vraiment tort de penser cela. Après avoir tournicoté autour d'Aix, ce bouillonnant repaire de scribes conséquents (Joachim Gasquet, Maurras, Léo Latil le plus doué qui fut tué au front…) nous atteignons Marseille sans encombre. La Canebière là nous voila aux lisières du vieux port et d'une autre belle palanquée d'écrivains. Marseille est tout de même la ville des « grands anciens » Jean Cassien, Jean de Ceppède ou Georges de Scudéry (pour un temps), et la ville des « petits nouveaux », Elémir Bourges, Edmond Jaloux, Francis de Miomandre, Pagnol (forcement Pagnol), c'est aussi la ville où Antonin Artaud naquis à la poésie, où trois types épiques firent de longs séjours pendant leur jeunesse (Conrad, Stevenson, Stendhal). Bref, littérairement parlant Marseille compte tout de même un peu plus qu'il n'y paraît de prime abord. De Marseille à Cassis, la distance est courte et il en faut peu pour être assez vite dans les pas de Germain Nouveau, ce garçon raisonnable qui pour notre plus grand bonheur virera très vite au pire. C'est un poète qu'il ne faut surtout pas oublier. On n'est pas l'ami de Rimbaud ou de Verlaine pour rien. Nouveau est un grand frémissant et un grand rêveur aussi. Trop dépeigné il n'entrera jamais vraiment dans la vie, après moult aventures on le verra mendier et chercher sa nourriture dans les poubelles, un dimanche où il tendait la main à la porte d'une des églises d'Aix Cézanne lui jettera cent sous… Il trépassera de faim volontaire, oublié de tous, un jour de Pâques.

2 mai 2017.- Averses (14°C). À Sanary Raymond Dumay rencontre Cilette Ofaire, une Suissesse égarée sous le soleil du midi, une frêle femme au visage tanné qui a écrit presque au débotté l'un des chefs-d'œuvre de l'aventure vraie ( Le San Luca livre où elle raconte comment à bord de bateau d'eau douce elle aura, à travers l'Europe, parcouru quelques milliers de kilomètres de canaux et rivières ). Après être passé par Golf Juan et Antibes (où il est question de Napoléon et du « mage » Audiberti). Nice (où l'ami Nietzsche flotte encore un peu) Dumay approche de la rade de Villefranche et de la citadelle Cendrars (il passe une journée avec notre manchot helvétique préféré, les pages qu'il consacre à cette rencontre sont épatantes).

4 mai 2017.- Nuages, humidité 63 %, vent 11Km/h (15°C) Not in the mood, slight return to Joseph Joubert, nothing else :« Platon, Xénophon et les autres écrivains de l’école de Socrate, ont les évolutions du vol des oiseaux ; ils font de longs circuits ; ils embrassent beaucoup d’espace ; ils tournent longtemps autour du point où ils veulent se poser, et qu’ils ont toujours en perspective ; puis enfin ils s’y abattent. En imaginant le sillage que trace en l’air le vol de ces oiseaux, qui s’amusent à monter et à descendre, à planer et à tournoyer, on aurait une idée de ce que j’ai nommé les évolutions de leur esprit et de leur style. ce sont eux qui bâtissent des labyrinthes, mais des labyrinthes en l’air. Au lieu de mots figurés ou colorés, ils choisissent des paroles simples et communes, parce que l’idée qu’ils les emploient à tracer, est elle-même une grande et longue figure.»

05 mai 2017.- Labeur. Journée enfin printanière (22°C). Toujours sur la route de Provence avec Raymond Dumay. Chez lui Monaco est une Suisse méditerranéenne parfaitement ripolinée, elle est policée à un tel point que les sens interdits foisonnement par centaines, les agents vous sifflent à tout bout de champ, pour oui, pour un non, on dirait des pinsons endimanchés. En dehors d'être un Suisse septentrional Monaco est une ville de plaisir sérieuse et ordonnée ce qui n'est pas le cas de toutes les villes de plaisir, il faut bien le dire. Une paire de pages et de kilomètres plus loin , à Menton, Dumay visite le jardin de Fontana Rosa. Ce « jardin des écrivains » que j'ai moi-même visité pas plus tard qu'il y à deux semaines. Chez Dumay il est totalement à l'abandon, les escaliers s'écroulent, les murs se lézardent, les bougainvillées envahissent un peu tout, ce n'est plus qu'une gloire qui s’effrite. Pour moi il n'était que semi-décati - puisqu'un peu rénové il y a quelques années- mais toujours d'un charme un poil broussailleux. Je me suis assis sur des bancs diablement chamarrés, devant une belle fontaine, le buste de Blasco Ibáñez me regardait et tout allait pour le mieux. À la sortie Dickens, Balzac, Hugo et Dostoïevski m’ont salué…

6 mai 2017.- Repos. Pluie légère, mais persistante (14°C). Dumay visite Saint-Paul-de-Vence ce nid d’aigles littéraires (un peu à côté, à Vence, il rencontre Albert Paraz et Marc Chagall), à Gréoux les bains il passe une journée avec Jean Giono. Sa route provençale s'achève dans le mas d'Henri Bosco, elle était très bien. 
Comme je suis d'une velléité de loutre, j'ai décidé de sortir de mon apathie en lisant entièrement la Comedie Humaine de l'ami Balzac. Le projet est vaste, je ne pense pas le mener à son terme de mon vivant, mais je vais tout de même le tenter. Je commence par le début avec La Maison du chat-qui-pelote, ce grand petit roman frémissant qui étaye finement sa thèse (en gros l’amour n'est que chimère).


To be continued.



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samedi 19 août 2017

My favorite tracks (1)



On découvre Robert Pete Williams dans la prison d’Angola où il est enfermé pour meurtre. Là, on l’enregistre au petit hasard et le résultat est sidérant, c’est une découverte comme on fait peu. L’homme peut paraitre fruste, mais ses blues sont d’une complexité jamais entendue. De longues mélopées spectrales, bouleversantes, transperçantes. Ces enregistrements seront une libération au sens propre comme au sens figuré (jurisprudence Leadbelly). Magie des techniques modernes l’internaute sagace pourra voir et entendre Robert Peter Williams. Il y a ces vidéos enregistrées en 1971. Un homme simple et pas compliqué, un ferrailleur qui se souvient. Lorsqu’il prend sa guitare et prend l’idée de chanter le voilà bien loin, presque en Afrique, d’un delta l’autre.

Robert Pete Williams - Scrap Iron Blues


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lundi 12 juin 2017

Psychogeographie indoor (76)



Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes ;
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !


1.

6 février 2017.- Nuages (7°C). Le labeur contraint et forcé, le Monde et son grand fatras, tout cela m’assomme, il faudrait pouvoir faire sans. 
Nevertheless : 3 poèmes de Jean Follain (17H43)

7 février 2017.- Temps maussade (7°C). Incapable d'écrire plus de deux lignes qui tiennent un peu. Suis-je demeuré ? Jugez sur pièces…
Le bouquin d'Alain Gerber est pour l'instant très bien. Ce n'est pas une biographie stricto sensu, mais plutôt une évocation achronologique et un brin parnassienne de Lester Young, de son art, et de sa vie chiffonnée. Gerber part de quelques enregistrements mythiques et il brode sa petite affaire par dessus. Rien de linéaire donc, mais plutôt quelque chose de fluctuant, de joliment maniéré et pour tout dire quelque chose de presque jazzy (hou le vilain mot !). Rassurez-vous la méthode de Gerber, que d'aucuns trouveront précieuse, ne l’empêche pas d'être factuel quand il le faut et les éléments biographiques sont bien là, un peu dans les limbes, mais bien là. Voilà donc le Pres cette « sirène jouant dans le brouillard », sa nonchalance, ce chapeau si singulier, l'alcool, la neurasthénie, l’anorexie, les jams qui n'en finissent jamais, Lady Day et l'histoire du jazz presque tout entière, voilà aussi des types que l'on est pas prêt d'oublier : Coleman Hawkins, Herschel Evans, Count Basie et son orchestre brinquebalant…

11 février 2017.- Matinée ensoleillée, ce qui ne fut pas le cas d'un après-midi globalement patibulaire (11°C). Travaillé nuitamment, en conséquence réveil tardif et journée plus cotonneuse que sautillante, beaucoup de mal à ne pas piquer du nez, beaucoup de mal à pouvoir lire quoi que ce soit. Malgré tout, et à l'alternat, tenté de décrypter quelques lexies chez Laurence Sterne et Alain Gerber. Comme je le craignais il y a quelques jours mon Tristram Shandy est à coup sûr traduit trop moderne pour être congru, quant au Lester Young de Gerber il ne se prive pas d'être très bien, je me suis donc principalement rabattu sur lui puisque je ne suis pas assez masochiste pour m’ennuyer dans de l'interprétatif moderniste en dormant déjà à moitié. Chez Gerber, bonne confiture et bon brouillard, ce brouillard élément constitutif de Lester Young, un type qui s’évanouit, qui s'effiloche pour mieux sonner comme une corne de brume, son vibrato qui n'est plus que ce qui reste du vibrato quand on a tout oublié de la fatalité du vibrato, ce couple platonique et chiffonné qu'il fît avec Lady Day, de la brume sur du brouillard.

12 février 2017.- Quasi beau temps, douceur (16°C). Still with Lester Young : « Le génie de Lester Young tient pour une large part à son lyrisme — paradoxal lui aussi, puisqu'il traduit une sorte d'exubérance désespérée ou de mélancolie euphorique, comme si la nostalgie pouvait être constructive et le passéisme futuriste. Mais il révèle aussi de son aptitude à conjurer l'excitation (voir la frénésie) et l'insolence (voire l'assoupissement), au point qu'il devient impossible de les distinguer.» Nothing else, not in the mood..

13 février 2017.- Ciel fluctuant (13°C). Trop assommé par le labeur pour espérer lire vraiment. Me suis contenté de fragmenté. Un chapitre de Laurence Sterne – qui apostrophe toujours son lecteur avec une bonhomie un poil retorse – deux pages du journal de l'ami Beyle – Milan, le 15 septembre 1811 (écrit le 11 septembre) – trois poèmes de Jean Follain – mon volume est bientôt fini – cinq paragraphes du Lester Young d'Alain Gerber (creuser autour de ces producteurs juifs originaires d’Europe centrale qui auront aussi « fait » le jazz : Norman Granz, Alfred Lion, Francis Wolff , Herb Abramson, Bob Weinstock, Max & Sol Weiss…)

14 février 2017.- Good weather, spring flavor (16°C). More down than up, shortly spent reading, a little of Tristram Shandy and Beyle diary, no more.

16 février 2017.- Soleil et douceur (16°C). Digressions à califourchon et « lecteur complice », je suis chez Laurence Sterne - vous savez ce type qui dynamita le roman avant que celui-ci ne naisse vraiment. Voilà un tour de force comme on en rencontre peu.
Par ailleurs – et tout le monde va s'en fiche - nouvelles lunettes, je vois et je lis mieux, mais elles m’irritent le haut du nez, il faut savoir souffrir.
Rien (ou presque) : Constatons simplement que le chauve est le plus souvent circonspect lorsque devant un miroir, il se scrute glabre de la boite à encéphale

18 février 2017.- Météo parfaite, encore un peu fraîche, mais avec quelque chose du printemps avant l’heure légale (12°C). Après deux trois occupations d’ordre plus ou moins domestique et quelques pas dans les extérieurs – il faisait si beau aujourd’hui – je me suis risqué à entamer le nouvel opus de Denis Grozdanovitch. C'est un enrouleur de lexies que j'apprécie assez, l'un des rares vrais autodidactes du secteur, et je dois dire que ses livres me ravissent presque toujours, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Dans son nouveau il vironne autour de la bêtise et de son génie afférent. Évidemment, il y a de la matière tant la bêtise est si partagée et pleine de variantes. À son habitude — et en bon self-made-man que les gens qui savent regardent de biais — Grozdanovitch évite le lourd pensum analytique pour mieux être dans le synthétique, le senti plus que le réfléchi. Son bouquin rassemble une somme d’anecdotes, de digressions, de citations, qui partent un peu dans tous les sens. Je parlerai + tard du fond, sachez simplement qu'il ne faut rien avoir contre la bêtise, bien au contraire.

19 février 2017.- Du soleil (15°C). Première sieste de l'année en extérieur, heureuse narcolepsie face au soleil, ma chaise de jardin est toujours une source de tranquilles bénéfices. L'ombre là suis rentré dans mon petit intérieur où, sur un canapé écru qui se trouve être le mien j'ai poursuivi la lecture du Génie de la bêtise de Denis Grozdanoitch. Bon petit livre, comme on dit, rien de foudroyant, mais d'heureuses fluctuations autour des diverses formes de la bêtise : la sottise, l'idiotie, l’imbécillité congénitale, mais aussi la bêtise des intellectuels (la bêtise vient toujours revendiquer sa part dans la constitution de l’intelligence). Pour échafauder sa petite entreprise Grozdanoitch use de citations et d'histoires plus ou moins croquignolettes, ainsi sous sa plume on croise un fantôme stupide, un joueur d'échecs qui refait toujours la même erreur, un aviateur déçu qui s'envole sur son canapé, des robots joueurs de foot et quelques anecdotes talmudiques pas piquées des hannetons.

20 février 2017.- Belle matinée puis une armée de nuages plus ou moins patibulaires (14°C). On monte un échafaudage dans ma rue, encore une façade à ravaler et du bruit corrélatif. Mais qu'on laisse les choses s'écrouler une bonne fois pour toutes !
Rien lu, ou presque, deux poèmes de Jean Follain, très bien, as usual.

21 février 2017.- Des nuages (13°C). Encombré par deux, trois menus tracas de santé dont je vous épargnerai les détails. Slight return in Stendhal diary. Le 20 septembre 1811, l'ami Beyle est d'un bonheur sombre, un bonheur italien, bien « éloigné de la vie facile du sanguin ». Plus loin le Français est vif, et non pas gai, tandis que l'Italien est mélancolique, mais tendre. Enough for today (ma mine – 2H – se casse).

23 février 2017.- Soleil voilé (19°C). Trop accaparé pour espérer être vraiment avec les mots. Nonobstant, et malgré tout, lu quatre pages des Cahiers de l'ami Cioran.
Demain matin, intervention chirurgicale bénigne. Je me prépare avec toute l'application requise par les autorités médicales.

24 février 2017.- Convalescent. Météo se dégradant tout au long de la journée. Nous serons passés d'un beau ciel bleu à une sorte d'infâme brouet grisâtre caressé par un vil vent aigrelet (10°C) . Ce matin : opération. Le chirurgien me demandant ce que je « voulais écouter comme musique » pendant notre petite affaire commune – je n'étais pas entièrement endormi – j'ai choisi une bande du Miles Davis tardif, ce Miles Davis un peu trop mainstream pour être honnête, mais là il aura très bien rempli son office (J’imagine que l'on tente de déstresser les opérés en leur faisait écouter quelques aubades de leur choix). Les progrès de la médecine étant ce qu'ils sont, je suis déjà rentré dans mon petit intérieur où allongé sur mon canapé écru je continue de traquer la bêtise avec Denis Grozdanovitch sur mon épaule. Mine de rien, ce faux vrai tennisman repenti dézingue à tout va. Après l'ami Cioran – dans un précédent opus –, c'est au tour de Paul Valery, Clement Rosset ou Giorgio Agamben d'en prendre pour leurs grades respectifs. Voilà de parfaits imbéciles…

25 février 2017.- Beau temps frais (9°C). Le livre de Grozdadovitch c'est un peu la revanche de l'autodidacte sur l'université, les doctorants de tous poils et en règle générale les « gens qui savent ». Rien de vraiment articulé (l'université s'offusque !), que du synthétique décousu par les digressions mousseuses et les citations bondissantes, ce côté « trop-plein » de l'autodidacte aussi. Faut-il s'en plaindre ?

26 février 2017.- Belles éclaircies (13°C). Je me remets assez bien de mon intervention chirurgicale, une infirmière vient me voir à heures fixes, elle me pique dans le ventre puis elle s'en va en sifflotant. Par ailleurs, fini le livre de Denis Grozdanovitch, ce n'est pas son meilleur, mais il n'est tout de même pas si mal que ça. En dehors de traquer la bêtise dans les hautes sphères intellectuelles (réjouissant dézingage d'Edward Bond) c'est aussi un livre parfois un tantinet antimoderne, un peu aigrelet, mais en bien, où la « décence commune » de l'ami Orwell semble être un fil à linge directeur sous-tendu sous la lune du contemporain. Il y a de pires références.



2.

27 février 2017.- Vent violent (13°C). Toujours convalescent. J'ai droit à ma petite piqûre quotidienne, je suis ravi.
Lu un beau panégyrique de Charles Albert Cingria par Jacques Chessex, rien d'autre : « Qu'importe le départ ? Tout lieu est bon puisque Dieu règne et qu'il y aura encore des bibliothèques, des nourritures, de la chaleur. Charles-Albert Cingria est partout chez lui dans ses terres d'élection. Il va de couvent en château, de bourg en oratoire, saluant, se liant, s'émerveillant, reparti bientôt sur la route profonde. Tel il apparaît aux lecteurs de ma génération : un homme libre, et sans cesse un parfait écrivain.»  

28 février 2017.- Trop de vent (9°C). Tout autour de moi on ravale des façades, on perce on creuse, on bétonne à qui mieux mieux, au loin un mouflet piaille ostensiblement, j’attends ma petite piqûre quotidienne sans inquiétude, mais je dis dire que les temps sont moroses.
Rien lu aujourd’hui, pour la suite de mes pérégrinations lectorales j'envisage entamer assez vite le Motel du Voyeur de Guy Talese, c'est une « fiction non narrative » qui me fait de l’œil depuis quelques jours et pour tout dire je l'envisage assez bien.

3 mars 2017.- Vent (42km/h), douceur (16°C). En janvier 1980, Gay Tales reçoit une lettre anonyme un poil intrigante. Dans cette lettre un drôle de type, lui confie avoir acquis un motel dans les environs de Denver dans le seul et unique but de le transformer en « laboratoire d'observation ».
Avec la complicité de son épouse, un peu tordue elle aussi, notre drôle de type aurait découpé dans le plafond d'une douzaine de ses chichiteuses chambres quelques orifices rectangulaires lui permettant de voir sans être vu. Ce stratagème matois, aurait duré plusieurs décennies et notre olibrius scribe de sa propre perversité aurait noté le moindre détail de ses observations dans une multitude de carnets. Gay Talese intrigué par tout ce barnum et la « matière » qu'il y a à en tirer choisit de rencontrer son correspondant qui ne restera pas longtemps anonyme. J'en suis là. (Fiction non narrative ? Fiction tout court ? Affabulation ? )

4 mars 2017.- Pluie et vent, le temps des giboulées approche (8°C). Le Motel du Voyeur est un livre qui réjouit le lecteur tout en le laissant avec le fessier entre deux rhododendrons. Le lecteur est ravi par une kyrielle d'histoires sexuelles plus glutineuses les unes que les autres, mais il est aussi perturbé par elles. Il faut dire que le lecteur ne s'estime que très relativement pervers, c'est peut-être ce qui pose problème cette perversité confinée en lui et qui affleure au fil de sa lecture. Le voyeur lui, ce mémorialiste de ses propres perversités même pas enfouies, raconte toutes ses histoires sans la moindre culpabilité, il la laisse à son lecteur. Voilà donc des couples adultérins dévoyés à foison, de lourds seins blancs avec de larges aréoles brunes, un jeune gandin déguisé en chèvre qui se laisse « enfiler » par un ami de passage, des types qui pissent dans les lavabos, des éjaculations qui finissent dans le plafond. Pour vous donner une idée de tout ça, voilà un extrait certes un peu long, mais diablement explicite : « Sur la plateforme d’observation, en cette soirée de l’automne 1976, le Voyeur se masturbe en regardant une femme blanche quasiment s’étouffer parce que le pénis noir de son amant est trop gros pour sa bouche. Mais elle persiste à prodiguer une fellation à son partenaire, léchant son pénis sur un côté, puis l’autre, et, soudainement, au moment où il commence à éjaculer, elle ouvre sa bouche en grand et regarde le sperme de ce Noir jaillir à 70 centimètres ou un mètre de hauteur en direction de la grille d’aération. Exactement au même moment que l’homme noir, le Voyeur a lui aussi un orgasme dans le grenier. Le Voyeur projette une première giclée de sperme sur la grille, qui se met alors à goutter au-dessus du pied du lit.Toujours agrippée à l’extrémité du lit, la femme aperçoit des taches de sperme sur le couvre-lit. Elle lève les yeux, voit le sperme qui goutte de la grille d’aération et dit à son partenaire : “Bon sang, tu as craché depuis l’autre côté du lit jusqu’à la bouche de ventilation.” Elle se met alors debout sur le lit et passe un doigt sur la grille. Puis elle le met dans sa bouche. “Oui, dit-elle, c’est bien ton goût.”Et le Voyeur regarda en silence la femme goûter le sperme, le sien. »

5 mars 2017.- Nuages et fraîcheur (8°C). L'activité de voyeur n'est pas de tout repos, il y a des risques à encourir, on peut être surpris à tout moment. Il y également quelques dilemmes moraux qui peuvent vous remonter le long de la conscience. Que faire lorsque l'on assiste à un crime, un meurtre par exemple ? C'est ce qui arrive à Gerald Foos, le voyeur de Guy Talese. Pendant l'une de ses petites expériences scrutatrices, il voit un amant ronchon ostensiblement trucider une fille et il laisse faire les choses comme si elles n'étaient que l’ élément le moins charmant d'un mauvais rêve. Presque aucune culpabilité chez lui, non simplement une courte gêne qui le pince un peu, et bien vite son train train d’observateur patenté qui repart. Talese à bien des doutes sur cette histoire-là, il n'y a aucune trace de meurtre dans les registres de la police, son voyeur pourrait donc tout autant affabulateur que voyeur. La fin du livre pose quelques questions de type «vérités et mensonges », elle pose aussi quelque question sur une société qui si elle punit toujours un peu, surveille surtout de plus en plus :« Il avait commencé tôt dans son enfance en s’agenouillant sous le rebord des fenêtres, puis, un demi-siècle plus tard, il avait pris sa retraite d’une vie penchée au-dessus de ses grilles d’aération, pour finalement vivre dans une société surveillée à chaque coin de rue par des caméras, des drones, et les yeux de la National Security Agency. Comme voyeur, Gerald Foos était désormais passé de mode. »

6 mars 2017.- Tempête, arbres déracinés, volets, tuiles et poubelles envolées, encore un coup de la « gauche » : certainement (10°C). Entre deux bourrasques, trois poèmes de Jean Follain. Nient'altro.

9 mars 2017.- RIEN.

10 mars 2017.- Météo printanière, tellement printanière que le chauffage de mon petit intérieur s'est mis en pause. Il m'a donc fallu me risquer dans les extérieurs pour réchauffer un tantinet ma molle enveloppe charnelle. Je dois avouer avoir tiré quelques bénéfices de cet exercice, le soleil était bas, mais bien là et sans une petite douleur me montant le long du mollet droit je n'aurais pas regagné mes pénates. (17°C). En dehors de la météorologie, je poursuis toujours la relecture du Journal d'un Manœuvre de Thierry Metz, pas plus de trois pages par jours, mais un intérêt toujours tenace. À l'alternat, j'ai entamé le premier volume des Carnets de notes de Pierre Bergougnioux. Rien de vraiment sybarite, mais au bout de dix pages je suis déjà en territoire connu, je comprends le bergougnioux comme l'on pourrait comprendre un idiome pas si éloigné de soi-même.

11 mars 2017.- Beau soleil, presque hors de saison (19°C). Conditions lectorales optimales, peu de bruit parasites, tout juste quelques oiseaux discrets, une quasi-tiédeur, que demander de plus ? Fini le Journal d’un manœuvre de Thierry Metz. Toujours aussi beau et triste avec cette infinie bataille entre lourd et léger, cette mort qui rôde plus qu'elle ne devrait autour d'un type qui sera trop vite rattrapé par elle (le texte est constamment soulevé par cette prescience là). En parlant de mots et de mort, lu Une île ici qui me semble être le dernier texte paru du vivant de Jean Claude Pirotte. Dans les pas de Guillevic ou de George Perros, simple poésie coupante, poésie qui évite le poétique comme la peste : l'écoute des années / n’a plus de raison d’être / je file comme on dit / le plus mauvais coton / et l’île me regarde / débattre de moi-même / ainsi suis-je navré.
Plus tard, le soleil baissant, suis retourné dans l'Art de la contradiction de Jean Paulhan. Circonvolutions éclairées autour de la terreur et de la rhétorique, solutions plus étranges que les problèmes… Je dois dire que les mots de Paulhan se sont vite dérobés sous mes yeux et que je me suis retrouvé somnolent sur ma chaise de jardin entièdie. Demain je ne compte pas entamer un nouveau volume, je retournerai sans doute dans les Essais de Philippe Muray et si je trouve un soupçon de courage j'irai peut-être aussi faire un tour dans le Tristram Shandy de l'ami Sterne.

12 mars 2017.- Ciel changeant (16°C). Journée molle, presque légumineuse. Bref retour dans les papiers d'un Philippe Muray qui sautille sur le cadavre encore chaud de la momie Mitterand avec un sourire sardonique. Sachant que Muray aura écrit une bonne palanquée d'articles pour Globe, l'organe officiel de la tontonphilie, cela ne manque pas de sel.
Un chapitre de Tristram Shandy sur lequel je me suis endormi.

13 mars 2017.- Good weather (19°C). Le 5 mars 1964, Emil Cioran se dispute avec un commerçant à propos d'une bouteille de gaz butane. Il le menace, se met dans une telle fureur qu'il ne peut plus parler. Il hurle, tremble et n'arrive même plus à se regarder. Il ne « réalise » plus son état à l'inverse de ses colères ordinaires où il se voit s'emporter. Le 23 décembre 1980, Pierre Bergounioux traverse le plateau des Millevaches par un épais brouillard. Au bord de la route des « bourrelets de neige » ». Mais il fait doux… Le 21 septembre 1811 Stendhal est à Milan. Il passe la soirée à une niaiserie allemande d'August Wilhelm Iffland. Le public italien rit et se claque les cuisses devant les maximes niaises débitées en rouleau tandis que Stendhal attend une coquette qui ne viendra pas. Le soir en rentrant il a les « yeux invisibles » à force d'avoir été trop longtemps sur le bord des larmes.
Nothing else.

16 mars 2017.- Du soleil (20°C). Le 1er mai 1787 Goethe baguenaude sur les flancs de l'Etna. Il croise une délicieuse jeune fille, à la taille riche et élargie. La végétation est printanière, un peu partout. des fleurs jaunes et des cactus aux formes étranges.  Au loin, plus bas, Catane frémit dans la brume.



3.

17 mars 2017.- Météo splendide, ciel IKB, grande douceur (23°C). Conditions lectorales quasi parfaites, rien d'autre qu'une lointaine tondeuse. Ma chaise de jardin commence à revivre, elle me regarde avec de airs striés et accepte mon fondement sans trop rechigner. Pour plus de commodité - je n'irai pas jusqu'à parler de confort - et afin de mieux étendre mes jambes que j'ai fort longues, j'ai ressorti une autre chaise, rouge et métallique, et c'est donc dans une position semi-alanguie, les pattes allongées, que j'ai commencé la lecture du Marin en smoking de Pierre Luccin. En bon contrebandiers Raphael Sorin et Raymond Dumay m'auront aiguillé vers ce livre que j'ai regardé de biais pendant quelques années en me disant que plus l'attente est longue plus la satisfaction risque d'être grande. L'édition est très bien, des photos, des bonus et un papier qui sent assez bon. Pour en revenir vraiment à Pierre Luccin - veuillez m'excuser de tourner ainsi autour du pichet – il faut savoir que nous avons affaire à autre Bordelais « tiré à part », un autre Raymond Guérin qui lui ne travaillera pas dans les ors de l’hôtellerie de luxe, mais plutôt dans les paquebots de grand standing où il officiera comme steward (tout en croisant Marlene Dietrich ou Albert Londres).

18 mars 2017.- Averses, baisse des températures (15°C). On devine sans peine que le Marin en Smoking est un roman autobiographique. Ce Richard Castanier ne peut être qu'un autre Pierre Luccin. Même adolescence un peu terne, même départ pour Paris où il tente de voler de ses propres ailes. Il devient apprenti dans l’hôtellerie de luxe, dévore des andouillettes tous les soirs, découvre l'amour physique tout en fricotant dans des histoires peu claires de chapardage alimentaire. Plus tard son service (militaire) derrière lui, le voilà embarqué sur un paquebot de grand standing où il officie comme steward. Le Havre, New York, New York, Le Havre, pendant cinq mois puis un embarquement sur un navire boréal qui l’emmènera sur les bords du Spitzberg. Voilà donc une histoire d'apprentissage dans le « grand luxe flottant » où Castanier/Luccin doit faire avec des collègues pas toujours spirituels, des chefs tyranniques et des clients et clientes plus capricieux les uns que les autres. J'aborde la page 81, le style est sec et nerveux, trébuchant mais toujours dégourdi. Pour l'instant c'est un bon livre.

19 mars 2017.- Quelques larges et belles soleillées (16°C). Albert Londres est mort englouti dans le naufrage du paquebot George Philippar. C'était en 1932 au large des côtes somaliennes, une tragédie maritime comme on en rencontrait tant au tournant des années folles. Comme il est question de paquebot de luxe et de tragédie, figurez-vous que Castanier/Luccin ne pouvait être qu'embarqué à bord du George Philippar. S'il ne parle pas vraiment d’Albert Londres, il raconte tout le reste : l'incendie, la panique, les chaloupes à la mer, les femmes et les enfants d'abord… La tragédie derrière lui, il rentre à Marseille, bourlingue encore pendant quelques années, amasse un petit pactole plus ou moins honnêtement, s'achète un spaghetti shop à Manhattan. Les affaires vont bon train… j'en suis là…

20 mars 2017.- Plus de nuages que de soleil, température agréable (18°C). Fait mon petit tour annuel chez ma dentiste (très jolie), l'une de mes grandes tantes s’est cassé le col du fémur, Chuck Berry est mort. Par ailleurs poursuivi, et fini, la lecture du Marin en smoking de Pierre Luccin. L'odeur des coursives, une odeur de gras de renfermé et de vomi. Une coquette rencontrée lors d'une équipée transatlantique. Martinique, Trinidad, Tobago… Chili, Vénézuéla, des bordels années 30, des pavés gluants, une petite gueule d'atmosphère. Sur la fin Luccin s'oublie biographe de lui même et verse un brin dans la fiction. Le voilà bien habillé, riche et un peu gras, propriétaire, à Lima, du plus grand cabaret des Amériques. Tout cela très loin du vignoble bordelais, il faut bien le dire.
Sitôt le bouquin de Luccin refermé, commencé la lecture de Waiting for the Sun de Barney Hoskyns (chez Allia). Une histoire de la musique à Los Angeles qui me semble fort appétissante.

P.-S Dans l’Équipe du jour beau papier de Philippe Brunel (Roger Pingeon est mort ).


To be continued.


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